Don Det, Don Khon et les 4000 Islands
Nous quittons Paksé pour nous diriger toujours plus au sud du Laos, jusqu'à notre prochaine étape: les "Four Thousands Islands", comme on les appelle communément ici, sont une multitude de petites îles disséminés dans un méandre du Mékong. Certaines de très petites tailles ne sont bien évidemment pas habitées tandis que d'autres comme la géante Don Khong ou bien les petites soeurs Don Det et Don Khon, accueillent de nombreux villages. Nous sautons donc dans un Tuk-Tuk en direction de la gare routière ou nous attrapons dans la foulée un bus public. Dans la petite camionnette, des lots de petits porcinets empilés dans des cages ou dans des sacs grognent à l'arrière à la moindre secousse: ambiance bien pittoresque. Nous échangeons quelques salutations et sourire avec les autres passagers qui semblent amusés de voir deux étrangers voyager avec eux (aucun d'eux ne parle vraiment aucun mot d'anglais), dont une petite dame la bouche noircie par l'écorce de betel et qui nous montre un sourire de toutes ses dents ruisselantes du jus rouge et hallucinogène produit par le palmier Betel. Nous l'observerons plus tard effectué son petit rituel et sortir de son sac à main plusieurs bâtons d'écorce et les découper avec un petit sécateur. Bientôt la vieille laotienne commence à macher tranquillement, accompagnant parfois le tout d'une feuille verte issue d'une plante inconnue et badigeonnée d'une sorte de graisse de lait fermenté... La dame part bientôt dans une sorte de transe, les paupilles s'ouvrant et se refermant lentement, et s'allonge finalement quasi-endormie de tout son long sur la banquette juste devant nos genous. Nous marquons de nombreux arrêts, la femme aux cochons devant trouver de quoi couvrir les cages des porcs qui se plaignent bruyemment de cuire au soleil au zénith. A l'approche d'un petit village, les vendeurs de brochettes de poulets, d'insectes et de boule de riz collant s'agglutinent autour du mini-bus, et l'on fait bien attention à se décoller de la fenêtre pour ne pas se retrouver avec du graillon collé dans le dos. en début d'après-midi nous atteignons enfin le petit village de Ban Nakasang sur la rive du Mékong, et duquel on peut trouver des barques pour se rendre sur la très "nature" île de Don Det que nous apercevons au loin sur le fleuve, perdue au milieu des eaux.
Après avoir erré quelques temps à la recherche du logement idéal (comme toujours le moins cher... et le plus mieux!), nous dénichons le plan "roots" parfait : un petit bungalow sur pilotis, suspendu au dessus du Mékong, avec un lit deux places avec moutisquaires et un hamac en terrasse. La nuit tombe doucement et nous partons au crépuscule nous ballader dans l'unique rue de cette partie de l'île. Coincidence ou heureux hasard, nous rencontrons à nouveau Thomas et Perrine, un couple de français que nous avions croisé plus tôt à deux reprises, près d'une cascade du plateau Boloven plus au nord, et plus tard dans notre guest house de Paksé. Les deux jeunes parisiens de 30 et 28 ans, continuent un voyage de 4 mois entamé par une sacré expérience au Népal, où ils ont tous les deux travaillé dans un orphelinat en tant que bénévols dans le cadre d'un séjour humanitaire proposé par une association française. Finalement, nous nous proposons de nous retrouver pour diner ensemble tous les quatres dans un petit restaurant de l'île où ils nous racontent d'ailleurs leurs anecdotes de voyages entre l'inde et Katmandou, pépins de santé, et escapades jusqu'au camp base de l'Anapurna. Sympathique aventure dont ils semblent être ravis pour le moment. On leur file au passage pas mal de tuyau pour l'indonésie où ils redescende bientôt. Nous les retrouvons finalement le lendemain matin suivant au petit déjeuner avant leur départ, avant pour nous d'aller louer deux vélos et de partir en vadrouille sur Don Det et l'île adjacente Don Khon, véritables pépites vertes perdues dans les méandres du Mékong et de ses 4000 îles (les "Four Thousands Islands"). Don Khon est notamment connue pour être un point d'observation privilégié d'une espèce de dauphin d'eau douce très rare, le dauphin d'irrawady. Ces dauphins timides au nez plat vivent dans les eaux du mékong sont désormais protégé car en voie de disparition, on dénombrerait leur population à moins d'une douzaine dans la région, conséquence de la pèche outrancière dont on dit qu'elle s'effectuait il y a quelques années à la dynamite... Sans commentaire.
Nous sillonons donc toute la journée durant, les petites allées de verdure bordant le fleuve et faisant le tour de l'île. Nous filons à vélo dans la campagne, lorgnant parfois quelques petites maisons de bois et de pailles, les gens y sont tranquilles, jardinant ou se prélassant dans des hamacs suspendus sous leurs habitation sur pilotis. Partout, on vit sur et avec le fleuve, les gamins se baignent, les femmes démèlent les filets de pêche. La nature déborde de vie et la cueillette des fruits dans les arbres est pittoresque. Armés de très longs bambou à l'extrémité en forme de pince, les locaux parviennent à dénicher des feuilles comestibles et des fruits dans les hauteurs de la canopée. Dans les petits chemins, parfois très caillouteux, de l'ancienne voie ferrée autrefois amené par les français nous risquons plusieurs fois de crever un pneu. Mais les vélos tiennent bon et nous parcourons l'île à la découverte de cascades puissantes que nous ne pensions pas observer sur cette région du fleuve. Dans une petite crique naturelle en légère marge des rapides, les buffles d'eaux laissent leur place à Henri qui tombe le short et le tee-shirt et en profite pour faire une petite baignade dans le Mékong. Le courant est très dangereux et heureusement le fond du fleuve est recouvert de pierres et branchages qui permettent de se retenir en cas de risque. L'eau est en tout cas sacrément chaude mais tout de même rafraichissante sous le soleil tapant de midi. Nous discutons au passage tout un moment avec un italien (parlant français) et un russe, paire de vagabonds, avec qui nous échangeons un peu, eux nous donnant quelques astuces et retour d'expériences du transsibérien par lequel ils sont arrivés ("Oué, nin mé issi cé Koooool", à dire avec l'accent italien).
Nous continuons notre ballade, nos deux-roues semblent glisser sur l'étroite bande de sable écrasé qui serpente à travers la jungle et la forêt environnante. La platitude la plus totale semble être le seul relief de cette île, et l'effort est presque imperceptible pour nos jambes qui ont l'habitude de nous emmener souvent sur des kilomètres et des kilomètres. Nous percevons des parfums de céléri, d'herbe et bien sur la vase fertile du Mékong, et tandis qu'une légère brise courant sur le fleuve nous parvient, nous roulons toujours, traversant des petits villages aux cabanes de bois isolées. Dans un jardin d'une maison du village, un Gibbon enfermé dans une cage nous tend sa main noire à travers la grille, ailleurs un piaf à la tête jaune émet des sons hallucinant, imitant par mimétisme le bruit des mobylettes qui passent à côté: la faune locale est on ne peut plus surprenante. Partout évidemment, les chapeaux de paille pointus sont de rigueur, protégeant du soleil tapant lorsqu'il faut faire sécher le riz sur des bâches au soleil ou pour transporter des palanches en bois, aux lourds paniers suspendus, emplis de légumes et de cérales. Le coin semble être souvent en plein travaux, on dirait que l'affluence touristique croissante fait pousser les guesthouses comme des champignons. Le soleil commence à tomber, nous entamons notre retour vers le village principal de Don Det, nous faisons la rencontre d'un petit laotien en panne avec son vélo déraillé qu'Henri aide sur le bord du chemin. La chaine remise, nous roulons un peu tout les trois puis Henri file devant, malheureusement c'est cette fois-ci Delphine qui déraille pour la troisième fois de la journée... Seul hic, la chaine semble belle et bien bloqué, voir tordue et donc impossible à replacer. Sans un mot, le petit gars débrouillard que nous avions dépannés s'arrête à son tour avant de tenter de remettre la chaine, y mettant de toute ses forces pour aider Delphine avant qu'Henri revienne enfin sur ses pas. L'affaire semble mal partie après que nous assayions à coup de pierre, d'effet de levier de déplacer ne serait-ce que d'un millimètre les maillons de fer. Nouveau rebondissement, un nouveau couple à vélo s'arrête à notre niveau, il s'agit des canadiens que nous avions rencontrés quelques jours auparavant sur le Plateau Boloven quelques jours plus tôt. Enfin au bout d'une demi-heure, et un nouveau cycliste nous ayant rejoint (un cambodgien parlant quelques mots de laotien) nous parvenons enfin à faire bouger la chaine et à la recaler, et nous rentrons tous ensemble à vélo jusqu'à nos auberges respectives. On en viendrait presque à regretter de n'avoir aucun problème tant ces derniers nous permettent de faire de sympathiques rencontres inattendues, nous discutons un peu avant de nous séparer. Demain les québécois partent au Cambodge vers Kratie, nous vers la province de Ratnakiri...
2010-06-29 17:10:13