Henri et Delphine et le mystère de la plaine des Jarres
Après une semaine passée à Luang Prabang, il est enfin temps pour nous de quitter cette ville pour nous diriger vers notre prochaine étape : La plaine des jarres. C'est donc très tôt dans la matinée que nous atteingnons la gare routière du sud de la ville où un minibus nous attends. Nous avons juste le temps de faire quelques emplettes : bananes et sandwich qui nous servirons à tenir jusqu'à nore arrivée prévue en fin d'après-midi. Arrivé dans notre bus nous faisons la rencontre de Craig, un australien d'environ 25 ans, vivant à Darwin et pêcheur de son activité. Originaire de Melbourne, le grand gaillard a l'oeil bleu comme le pacifique et s'accorde quelques mois de voyage avant de changer de boulot et repartir vivre dans le sud. Il nous raconte un peu sa vie , il a quitté l'université sans diplôme et trouvé uniquement du travail en tant que pêcheur. Il nous dépeint la dure expérience de la vie en mer et de l'ambiance à bord, ou la difficulté de s'intégrer à des vieux marins, loups de mers alcoolisés et bourrus lorsque l'on part comme ca pour 3 semaines en mer en totale autharcie. Loin d'être en mesure avouer qu'il aime son travail, il décrit ce job qu'il a effectué pendant 2 ans comme l'école de la vie et derrière ses gros bras durs nous ressentons chez lui les blessures d'un jeune homme sensible, liée à son parcours scolaire et confronté à la difficulté de trouver un emploi.
Nous avons près de 8 heures de route devant nous et si au départ tout se passe bien, Delphine commence à se sentir un peu barbouillé par le reveil matinal et le chemin sinueux que nous empreintons. Il est vrai que le bus file à toute allure sur des routes très alambiquées et pas toujours entretenues, voir quasi absente. En effet nous entrons au coeur du Laos et le relief se fait de plus en plus accidenté, des montagnes et vallées perdues verdoyantes se mèlent à un pasage de risière. Nous traversons cours d'eau et petits villages pittoresques dont les habitants coiffés de chapeaux de pailles nous font de grands signes de la main au passage de notre bus. Nous sommes époustouflés et souriants à souhait à chaque fois que nous rencontrons de petits gosses les fesses à l'air sur les bords de la route, petits villages idylliques que nous observons lors de simples instants éphémères au passage du bus, sans malheureusement pouvoir nous y arréter pour y découvrir d'autres merveilles. Région fertile et abondante, des centaines de superbes ananas trônent sur les étals en bois disposés sur le bord de la route au devant de chaque maison. Ces petites cases ouvertes servent à la fois de magasins pour ces habitants qui vivent tous quasiement de l'agriculture, mais également d'abris en cas de grosses pluies ou surtout de grosses chaleurs: la route attire l'air qui circule bien mieux que dans la jungle laotienne et femmes et enfants passent alors leurs après-midi sur les nattes tressés aux heures les plus chaudes. Les plus belles visions du Laos qu'il nous aie été donné de voir jusque là. En fin d'après-midi, alors que le soleil commence à décroisser et semble écraser les vallons et collines qui se font de plus en plus rasants: nous arrivons enfin dans la fameuse plaine des Jarres. Arrivée à la gare routière de Phonsavan, à la vue des prix pratiqués pour aller visiter les sites archéologiques du coin et la nécéssité de devoir arriver assez rapidement à Vientiane pour les demandes de visas, nous décidons avec Craig de visiter ensemble au soleil couchant un site seulement et de repartir illico presto dès le soir, en bus de nuit pour Vientiane.
Il est près de 16h quand enfin nous posons notre regard sur cette plaine verdoyante et tranquille aux allures de Bretagne ou d'Irlande. Le ciel bleu-gris menaçant est majestueux et nous rappelle des visions de Nouvelle-Zélande, mais le soleil est là et les grosses jarres en pierres s'illuminent tel des menhirs bretons. Les touristes sont loin et nous avons l'impression de respirer pour la première fois depuis longtemps. Nous passons donc près d'une heure à déambuler parmi les imposantes Jarres taillées en un bloc et éparpillées un peu partout. Leur utilité ? On l'ignore encore, et les archélogues du monde entier penchés sur la question, avançent des hypothèses variées et pour le moment invérifiables de liens avec des rites funéraires anciens ou encore de procédés de conservation de la nourriture. Tout est imaginable dans ce Stonehenge laotien. Tout en nous imprégnant de cette étrange atmosphère nous faisons bien attention à ne pas sortir du sentier balisé d'une largeur d'environ 1 mètre. La zone était en effet truffée de mine et si une large opération de désamorçage a été conduite durant l'après-guerre du vietnam, il reste vivement conseillé de ne pas s'aventurer dans les hautes herbes alentour. La signalisation au sol est formelle, petit carré blanc: OK, petit carré rouge: BOUM ! Le site témoigne également de la violence des bombardements américains qui arrosèrent la zone à coup de milliers de tonnes d'obus, et partout de grand cratères maintenant recouverts par l'herbe grasse, font de cette plaine quasi-normande un véritable gruyère.
Après une bonne heure passée sur ce site archélogique, le plus important des trois qui constituent ensemble la "plaine des jarres", nous nous imaginerions difficilement continuer sur une journée entière, bien que passionantes, ces jarres s'avèrent aussi très redondantes... Nous voilà déjà de retour dans le bus pour Vientiane, avec une Delphine qui est malheureusmeent de plus en plus mal. La tourista fait son come-back et en silence on présume tous deux de la culpabilité du sandwich à la viande un peu douteuse pris la veille sur le marché de Luang Prabang. Peut-être aurait-il été plus judicieux de s'arrêter pour la nuit? Notre escale fut en effet assez brêve et aurait sûrement mérité que l'on s'y arrête plus longtemps mais nous courrons pour rattraper le temps, il nous reste seulement 2 semaines au Laos, deux visas à obtenir et tout le pays à traverser. Comme nous le faisions précédemment, il faudrait voyager sans jamais se soucier de la date du retour mais à la différence des mois passés, nous avons maintenant du fixer une date de rentrée en France et une date de rendez-vous à ne pas manquer: le 1er Septembre... à Moscou ! Long périple à suivre.
2010-06-15 12:35:30