La très "Zen" Luang Prabang
Luang Prabang, petite ville isolée sur la rive est du Mékong était autrefois la célèbre capitale du royaume de "Lan Xang", la "terre au millions d'éléphants", surnommé ainsi au 14e sièce par un général Khmer plutôt romantique et inspiré qui ne se doutait pas que ce titre continuerait d'être exploité encore à notre époque mais à des fins de communication plus touristique. Maintenant classée au patrimoine mondial de l'UNESCO, Luang Prabang, bien que très investie par les tour operators continue de jouir d'une vie paisible et agréable, au confluent du mékong et de la rivière Nam Khan. Notre séjour dans cette ville aux ruelles tranquilles et à l'ambiance détendu et simple durera finalement près d'une semaine. En effet, nous profitons de l'ambiance du lieu pour nous aussi nous reposer et replonger un peu dans notre carnet de voyage délaissé ces derniers temps.
Nos journées sont rythmées entre écriture, repas laotiens typiques dans le petit resto jouxtant notre guesthouse, dégustation de jus de fruits et ballades dans les environs, et le marché de nuit. Dans ce dernier, des petits vendeurs de nourriture sont littéralement agglutinés dans une minuscule ruelle dans laquelle tout les gens de la ville semblent s'être regroupés pour diner de sandwichs (au Laos on trouve partout les sandwichs "baguette", laissés par les français), patisseries (on a encore le goût du gateau à la banane dans la bouche), brochettes de blanc de poulet ou encore buffet froid de plats laotiens à volonté pour 10 000 Kip l'assiette, soit 1 euros (formule peu onéreuse mais parfois douteuse, nous y mangerons deux fois avant de nous arrêter après la découverte d'un asticot dans nos nouilles). Dans la rue principale, sur la petite péninsule prise entre le Mékong et la rivière Nam Khan, une partie de la voie est totalement recouverte de tissus, vêtements, lanternes et autres objets-souvenirs en tout genre. L'autre côté est bordé quant à lui d'une multitude de restaurants "occidentalisés" et aux prix totalement inabordables pour nous.
Cette ville n'est évidemment pas qu'une simple succession de restaurants mais également un lieu parsemé de temples qu'il est agréable de découvrir à vélo aux heures les moins chaudes. Ainsi le Wat Xieng Thong (fondé en 1560) et son fabuleux batiment principal aux imposantes portes dorés, est considéré comme l'un des plus beaux temples du pays.
Le nombre impressionnant de temples sur une aussi petite surface nous rappelle aussi le fait que Luang Prabang accueille la plus forte concentration de moines du pays. Des centaines de jeunes moines viennent ici rejoindre les plus anciens pour y apprendre la vie et la philosophie de Bouddha. On peut d'ailleurs les croiser à toute heure du jour, circulant sans cesse dans les rues, drapés dans leurs superbes Citvaras orangés et surplombés de leurs éternels parapluies, ouverts au dessus de leurs têtes afin de les protéger du soleil. Cette concentration spirituelle donne d'ailleurs naissance à la formation chaque jour d'une procession religieuse des plus fabuleuses. En effet au lever du soleil (5H30) tous les moines sortent des temples comme si les portes sacrées déversaient un flot intarissable de ces petits bonzes-hommes oranges qui se plaçent bientôt tous ensemble en fil indienne. L'incroyable serpent formé par ces centaines et centaines de moines parcoure ensuite la ville dans le silence matinal, un silence uniquement perturbé par le frottement de la foule immense des pieds nus s'avançant sur le bitume. Sur le trottoir, assis devant leur maison ou sur de petites paillasses déposées sur la route, les habitants de Luang Prabang sont fidèles à cette cérémonie traditionnelle des offrandes, durant laquelle les moines font l'aumône de leur nourriture quotidienne. En effet, selon les principes du Bouddhisme, ceux-ci qui ne peuvent dépendre aucunement d'une quelconque monétisation de leur spiritualité (à l'exception du droit de visite parfois de certains temples historiques), ne doivent assurer leur subsistance quotidienne qu'en comptant sur la générosité du peuple. Sans un mot, à leur tour, chacun des moines passe alors devant les fidèles et reçoit une offrande de nourriture, une pincée de riz par exemple, placée par les habitants dans le petit bol à aumône que chacun transporte avec lui (le gjeozigjzoi). Ce bol à aumône, fait d'ailleurs traditionnellement parti des huit objets qu'un moine Bouddhiste possède avec : le vêtement monastique, la passoire, l'aiguille, le rasoir, la ceinture, le bâton et le cure-dent. Sur le principe d'une petite pincée par habitant démultipliée par le nombre d'habitant participant à l'offrande matinale dans toute la ville, cela suffit on l'imagine à nourrir largement la totalité des moines de Luang Prabang. Pour la petite histoire, traditionnellement, le moine bouddhiste ne peut consommer que la nourriture obtenue en mendiant et ne plus manger après l'unique repas pris avant midi.
Nous faisons une belle et poétique expérience de cette cérémonie des offrandes alors que les premiers rayons du soleil commencent à percer et à illuminer les rues d'une lumière fraiche et douce. Nous sommes accompagnés d'un couple de français backpackers rencontrés la veille, Camille et Sébastien, avec qui nous sympathisons et rediscutons tout un moment avant de nous retrouver même un peu plus tard, pensant prendre un tuk-tuk tous ensemble. Eux partent vers le Nord, nous vers le Sud, et malheureusement les chemins des deux gares routières différentes de la ville nous séparent. Nous nous disons donc finalement aurevoir avant de quitter Luang Prabang en direction de la nouvelle étape de notre périple: Phonsavan et l'intriguante plaine des Jarres.
2010-06-12 12:35:11