Chiang Khong et de l'autre côté du Mékong: le Laos
Réveil à 5h30 pour un bus à 6h (à ne pas rater étant donné que c'est le moins cher!)... Aujourd'hui nous quittons la Thailande pour le Laos et c'est avec le coeur empli de souvenirs que nous montons dans le bus qui nous emmène vers la ville frontalière de Chiang Khong. Nous repensons l'oeil un peu hagard par le lever matinal, à notre périple dans ce royaume de Siam devenu royaume du tourisme de l'Asie du Sud-Est. Bien que difficile par moment, du point de vue de la santé et des évènements tragiques de Bangkok, nous aurons terminé sur une note plus "nature" et plus humaine, celle de la région du Triangle d'Or dont nous revenons revigoré et la tête pleine de rencontres et d'expériences incroyables, sympathiques et parfois franchement insolites. Nous retombons vaguement dans le sommeil alors que le bus traverse la jungle nord thailandaise, des petits temples perdus défilent dans une immense marée verte... La jungle de cette région sauvage au centre de l'asie du Sud-Est et à proximité du Laos recouvre tout. Bananier, plantes tropicales et grands arbres aux lianes entremelées se succèdent inlassablement dans les senteurs mentholées de l'humidité matinale qui nous parvient à travers la vitre du bus. Delphine se replonge à nouveau dans ses rêves, bercée par ces parfums rafraichissants alors que nous filons toujours plus au nord pour atteindre la rive du Mékong. Le Mékong, dont le nom nous évoque déjà des aventures nouvelles, ce fleuve mythique et sacré qui prend sa source au Tibet et dont la queue serpente au Nord pour redescendre jusqu'au Delta bien connu du Vietnam. Le Mékong, frontière naturelle entre la Thailande et son cousin verdoyant, le Laos dont on nous a déjà, au gré des rencontres de voyages, tant vanté les forêts et que nous commençons déjà à déceler dans l'énorme poumon vert de cette région centrale. Sur le bas côté de la route une bande de tissu orange et jaune, attachée à chacun des deux piliers de l'entrée d'un temple superbe, n'en finit pas de s'étendre sur des kilomètres et des kilomètres à l'orée de la forêt. Cette immense guirlande colorée semble tissée sur la jungle verte telle un fil d'ariane déroulé par Bouddha en personne afin de mieux enlacer la forêt de ses grands bras bienveillants. Le bus continue sa route, impassible... Nous passons collines et cours d'eau dans une ambiance mystérieuse, le brouillard semble s'être accroché et ne pas vouloir redescendre de la cime des arbres dans laquelle il s'est enchevètré. Déjà, dans les champs et les rizières on travaille ou bien on se regroupe autour d'un feu de campagne pour combattre la fraicheur matinale qui règne sous ces quelques altitudes relatives. Ca défile toujours, le voyage est entrecoupé de nos somnolences spontanées ou de nos lectures...
Il est près de 13h lorsque le bus s'arrete enfin dans le coeur de Chiang Khong. Nous prenons le temps de manger un ultime riz thai cuisiné, et de profiter pour la dernière fois du sol thailandais que nous foulons depuis un mois maintenant, ce mois alloué par notre visa et dont nous ne pensions pas à la base voir l'échéance arriver. Un tuk-tuk nous emmène en quelques minutes sur les rives du Mékong où se trouve le poste de frontière. Les papiers en règle nous traversons enfin le fleuve agité par la période de décrue ("Mékong, Mékong, fleuve impétueux...") pour débarquer de l'autre côté... Nous sommes arrivés au Laos ! Etonnante relativité et absurdité des frontières, ces traits symboliques figés sur la carte et pour lesquelles ont mène des guerres centenaires...
Nous voilà donc dans la petite ville Laotienne de Huay Xai qui au premier abord ne semble pas très différente des villes de Thailande. Pas vraiment dépaysés, bien que pourtant nous devions changer de monnaie et passer au Kip laotien (10 000 Kip pour 1 euros), ici tout le monde continue de parler en Baths: la monnaie thailandaise bien plus forte que le Kip est en fait la seconde monnaie "officieuse" du pays. Mis à part quelques petites variations culturelles entre la thailande et le Laos, un des aspects nous saute aux yeux: l'évidente influence de la france, qui envoya par le passé de nombreux vietnamiens afin d'amorcer la colonisation de ce territoire peu peuplé, autrefois intégré à l'indochine française (avec le Cambodge et le Vietnam). Dans les magasins, baguettes et autres produits français, nous sommes même davantage supris lorsque la femme de notre guesthouse commence à nous parler dans un français impeccable. Quelle sensation bizarre après des semaines d'incommunication avec les locaux ! Paradoxalement nous voilà dépaysé par notre propre pays, et le peu de France que l'on retrouve ici, pourtant bien loin de chez nous.
Un nouveau pays et une nouvelle aventure commence (bon pas très bien puisque Henri s'est fait volé ses lunettes de vue) pour trois semaines de pérégrination en redescendant cette fois ci vers le Sud afin de passer ensuite au Cambodge.
2010-06-06 12:38:20