Ban Huai Sua Tao et l'étonnante tribu des Karen "Padaung"
Dès le matin 7h, sous la fraicheur d'un jour qui se lève tout juste, nous louons donc un scooter et filons vers le petit village Karen de Ban Huai Sua Tao situé à une bonne dizaine de kilomètres de là dans la forêt. La petite route se perd bientôt entre les arbres, la matinée est vraiment agréable pour se déplacer, les cheveux (ceux qui dépassent du casque) au vent. Après avoir croisé un éléphant qui broutait tranquillement dans le feuillage et qui nous ramène à la réalité de la faune de la région ("on est dans le livre de la jungle..."), nous passons plusieurs petite rivère à gué avec le scooter... Plutôt casse-gueule (voir la suite). A peine 30 min plus tard nous voilà à l'entrée du village et il faut comme on nous l'avait dit auparavant, réglé près de 250 baths (6 euros) chacun afin d'obtenir l'autorisation d'accéder au village : la somme versé bien que décrite comme une aide nécessaire reversé ensuite au village des Padaung (des réfugiés officiels de l'oppression du régime Birman) a des faux airs de tourisme injuste, exploité par les thailandais. Nous sommes quoi qu'il en soit une peu refroidis au moment de payer lorsque nous observons le minuscule quartier réservé au Karen Padaung, dont les alentours crèvent de boutique thailandaises qui vivent sur le dos de ces pauvres communautés qui semblent réduites à des figures de Zoo Humain. Sentiment de culpabilité d'alimenter malgré nous un système odieux, nous qui préférerions avoir l'assurance de verser directement un peu d'argent dans les caisses d'une association humanitaire d'aide aux réfugiés Karen, ce qui serait plus logique... Bref, nous continuons tout de même, espérant faire quelques "vraies" expériences de ce qui reste de cette authentique communauté issue des campagnes Birmanes reculées. Après avoir traverser un petit pont de bois, nous arrivons sur un minuscule bout de terre où il n'y a qu'une seule allée bordée de chacun côté par des boutiques d'artisanat tenues par des Padaung, pas très authentique ! Il est encore très tôt heureusement et les échoppes ne sont même pas encore ouvertes. Dans les ruelles, nous surprenons des femmes Karens qui balayent devant chez elle où déjeunent tranquillement, leurs longs cous dénudés des fameux anneaux dorés et pas en encore vétues de leurs vêtements traditionnels. Nous avons l'impression de découvrir l'envers du décors de cette machine touristique bien huilé, l'authenticité contemporaine du village est peut-être là: ces minorités se sont adaptées au style de vie thailandais, profitant à leur tour du tourisme... Les minutes passent au fur et à mesure que les habitations s'éveillent et s'animent, les bâches se retirent des étalages. Nous appercevons plusieurs femmes Karen "long-neck" et "long-ear" (dont la particularité différente est d'avoir de grands bijoux dans les lobes de leurs oreilles ), toutes habillées de magnifiques habits colorés. Traditionnellement, une fois mariées, les femmes "Long ear" doivent afficher leur statut et leur beauté en se perçant le lobe des oreilles et en y plaçant des défenses d'éléphant de diamètres plus ou moins grand. Le processus continue jusqu'à ce que les lobes soient étirés à l'extrème et ce jusqu'à la fin de la vie des femmes Padaung qui ornent ensuite leurs oreilles de bijoux. Chez les Long Neck le procédé est le même mais appliqué à l'extension du cou par rapport aux épaules à l'aide d'anneaux en métal plus ou moins épais... Si les plus jeunes continuent d'arborer les codes vestimentaires de leurs tribus à des fins surement plus touristiques que traditionnelles, nous rencontrons malgré tout de malicieuses petites vieilles ayant vécu la période suivant l'exil des Padaung de Birmanie et qui portent fièrement l'apparat de leurs tribus. Celles-ci nous illuminent de leurs sourires et nous montrent de vieilles photos désuêtes prises par les premiers photographes qui exploraient la région, et les représentant alors qu'elle étaient bien plus jeunes. Ce sont ces vieille femmes qui nous touchent le plus, leur âme et leurs yeux semblant parfois mélancoliques, et résolument plus fiers de leurs traditions millénaires et des anneaux et bijoux qu'elles continuent d'arborer comme le faisait leurs mères et leurs grand-mères avant elles. Ce sont d'ailleurs les plus accessibles à la conversation, à l'échange autre que commercial, ne cherchant pas à tout prix à nous vendre des objets sans-valeurs commes le font les jeunes filles du village, maintenant bien plus intéressées. Henri sympatise avec une vieille musicienne dont le mari luthier, fabrique des instruments Karen traditionnels: violons, flûte et luths en bois très rustique mais qui produisent des sons invraissemblables. Les mélodies traditionnelles remplissent alors le village d'une âme plus ancienne, plus véritable, et insufflent aux murs de bois la tristesse d'un peuple contraint d'avoir abandonné ses terres originelles, la nostalgie d'une culture qui se perd peu à peu au fil des générations. Pas besoin d'utiliser de mots, les musiciens n'en n'ont pas besoin pour se faire comprendre, juste quelque notes suffisent et nous passons un moment sincère et inoubliable avec cette femme sympathique dont nous n'apprendrons pas le nom. Il est près de 10h, cela fait déjà 2h que nous sommes là, nous les seuls visiteurs du moment. Mais on dirait que les premiers touristes commencent à arriver, il est temps pour nous de partir...
Retour à Mae Hong Son après une petite glissade sans casse où nous couchons le scooter dans une flaque d'eau mousseuse (plus de peur que de mal on vous rassure !) et juste le temps de prendre un douche que nous revoilà déjà avec les sacs sur le dos en direction de la gare routière. Nous prenons le bus pour Chang Mai lors d'un trajet qui durera plus de 8h. Nous retraversons bien évidemment Soppong sur la route, nous revoyons notre petite guesthouse, le petit resto où nous dinions, et avons l'impression bizarre de nous retrouver "Chez nous". Il est près de 20h30 lorsque nous arrivons de nuit et sous la pluie à Chang Mai. Après avoir trouver difficilement une chambre pas chère près de la gare, nous posons les sacs mais pour peu de temps seulement: la nuit sera courte car demain 6h de bus nous attendent pour Chiang Khong et passer la frontière vers le Laos.
2010-06-05 22:05:09