Les villages de Baw Krai et Ban Rai
Après la journée sportive de la veille, nous décidons aujourd'hui d'utiliser le bus public pour nous rendre dans les villages de Baw Rai (communauté Lahu, d'origine tibétaine) et Ban Rai (Communautés Shan, d'origine birmane et Hmong, du sud de la Chine) située à une bonne dizaine de km de Soppong. Le programme de la journée est de tout d'abord aller explorer le village le plus éloigné avant de revenir sur nos pas vers l'autre village. Avec l'aide de notre propriétaire qui nous prépare un petit mot écrit en Thai pour le chauffeur du bus, nous arrivons parés à l'arrêt du village, comprendre l'arbre devant l'épicerie dans l'ombre duquel sont déjà assis quelques locaux. Il n'est pas facile de se déplacer dans la région étant donné le réseau de transport public très réduit et le scooter reste le roi des moyens de locomotion locaux, en effet, un seul et unique bus, à ne pas rater donc, passe tout les jours à horaires variables et assure la liaison entre Pai et Mae Hong Son, la ville thailandaise la plus importante de l'ouest. Voilà enfin que le fameux bus arrive, nous tendons notre message au chauffeur qui semble hocher positivement de la tête... Nous redemandons à un passager un peu d'aide pour signifier l'arrêt au chauffeur au village de "Ba-ow Kh-Ra-Ye.." mais ici personne ne parle anglais et il est pour nous très difficile de prononcer les accents thailandais. Nous pataugeons allégrement dans l'incommunication la plus totale avant d'obtenir une légère conviction comme quoi nous serons déposés au bon endroit. Un village à l'horizon, on nous tape sur l'épaule en montrant du doigt les petites maisons de bois : "Booo Klaï", impossible de savoir si c'est celui-ci ou un autre au son des intonations complexes du Thai. Nous descendons du bus et commençons à marcher le long de la route pour rejoindre les habitations: nous verrons bien...
Malheureusement pour nous, nous nous rendrons compte quelques minutes plus tard en demandant à des villageois que nous ne sommes pas dans le bon village: celui-ci possède un nom semblable il est vrai, ce qui a certainement porté confusion. Nous rediscutons finalement avec deux hommes assis sur les marches en bois de leur petite baraque, essayant tant bien que mal de nous faire comprendre afin de demander notre chemin. Ces derniers nous indiquent le chemin vers la montagne, et une pente qui semble n'en plus finir... Nous ravalons notre récente résolution de ne plus vouloir gravir des dénivellés impossibles comme la veille... et c'est reparti pour la montée ! Après quelques mètres nous sommes à nouveau épuisés et le soleil est presque au Zénith. Le pouce levé, nous voilà maintenant résolu à tenter un peu d'auto-stop. Bien que nous ne sachions pas exactement si cela se pratique dans les environs, il n'y a qu'une seule route et pleins de pick-ups qui nous doublent sans arrêt, et tout autant de place potentielle pour nous à l'arrière ! Après une bonne dizaine de minutes, aubaine, un couple de Thailandais maitraisement relativement bien l'anglais s'arrête et nous emmène, sauvés !! L'air frais de la vitesse s'engouffre dans nos cheveux mais nous avons à peine le temps de souffler que quelques minutes plus tard nous voilà déjà arrivés à destination et tapons du doigt sur le carreau de la vitre de la cabine de nos conducteurs pour que ceux-ci arrêtent le véhicule.
Le petit village Lahu de Baw Krai est installé en haut d'une montagne, révélant une vue splendide sur le relief boisé et morcelée des alentours : des strates de drasks s'étendent à nos pieds à perte de vue, leurs sommets se perdant dans la brume de chaleur de midi tapant. A notre arrivée les regards semblent étonnés de nous voir ici. Dans le village nous rencontrons une thailandaise accompagnée d'une jeune allemande actuellement en stage à Chiang Mai dans le cadre de ses études dans le développement durable. Dans le cadre d'une association éco-humanitaire, la jeune fille s'occupe de mener des projets de développement local et depuis quelques mois, d'approvisionner les villages de la région en eau (le coin souffre d'une grande sécheresse et la plupart des rivières sont à sec) et en nourriture. Nous discutons un petit moment avant de les laisser continuer leur tournée dans les environs. Chapeau et casquette vissé sur la tête, nous débarquons dans l'unique rue de Baw Krai sous le soleil mordant. Une atmosphère de duel de Western nous gagne alors que nous nous avançons dans le village désert et silencieux, une ombre très réduite collée à nos semelles. Il fait bien trop chaud pour sortir effectivement et les habitants du coin sont étendus à l'ombre sous les pilotis de leurs habitation. Nous saluons des familles de Lahu qui nous sourient et nous renvoient des "Sawadi Kaaaaaa", en attendant des heures plus vivables, ceux-ci préférent faire la sieste, manger ou écouter la radio sur les paillasses posées à même la terre à côté des cochons ou bien dans des hamacs suspendus entre les pilotis de leurs maisons de bois. Nous grimpons un peu plus loin dans le village et découvrons une minuscule petite maternelle où une huitaine d'enfants font tranquillement la sieste. Plus loin, comme revenus dans le temps, nous découvrons les étables des villageois. A notre arrivée, les cochons et les poules accompagnés de leurs petits fuient et détalent sous nos pas d'intrus. Abreuvoirs, outils, cabanes tout est exclusivement construit en bois et nous n'apercevons aucune trace d'une quelconque modernité. Seul un bruit de pot d'échappement nous rappelle que nous n'avons pas été transporté à l'époque du moyen-âge: un scooter arrive vers nous, une jeune Lahu en costume traditionnelle à son guidon...
Nous retrouvons enfin la rue principale, pouce en l'air à nouveau... Miracle again ! Le premier pick-up qui passe s'arrête, deux thailandais à son bord, nous grimpons vite-fait à l'arrière et nous voilà exactement au niveau du carrefour emmenant vers notre prochaine étape, le village de Ban Rai! Après une relativement longue marche à pied, nous atteignons vers 15h le village de Ban Rai situé dans la vallée sur une route parrallèle à la rivère. Le coin semble ne pas manquer d'eau contrairement aux autres villages visités précédemment et les paysages sont bien plus verts. L'irrigation permet même la poursuite des cultures en rizières qui s'étendent devant nous au pied des montagnes, à la différence de nombreuses terrasses asséchées, abandonnées pour la saison et que nous avions pu croiser auparavant. Personne dans les petites rues, il fait encore trop chaud, nous profitons d'un manguier sur le bord de la route pour faire un plein de vitamines. Plus tard dans l'après-midi, la vie commence à s'animer, un père apprend à son fils à utiliser une machine agricole destinée à creuser les sillons dans les rizières tandis des jeunes gamins s'amusent nus dans le canal artificiel du coin... De retour vers la route principale, nous parvenons à trouver le quatrième et dernier lift de la journée et montons à l'arrière de la camionnette d'un jeune couple qui nous dépose directement à Soppong: finalement c'est pas si difficile que ça le stop en Thailande !
2010-06-03 19:01:11