Vers Muang Phaem : 30 km à vélo ça use, ça use...
Plein de bonne volonté pour explorer la région ne suffit parfois pas toujours, nous nous heurtons à un petit problème : nous ne pouvons nous procurer aucunes informations ni cartes sur les villages et les petites routes de la région ce qui est problématique dans des reliefs où l'on peut parcourir des dizaines de kilomètres sans rencontrer une âme qui vive. Si nous nous essayons à demander aux locaux du coin quelques tuyaux au niveau des chemins et ballade, le fait que personne ne parle anglais ici ne nous aide pas beaucoup. De fait, en bons routard éclairés nous effectuons quelques recherche sur le web à propos des tribus vivants dans les environs... Et oui même dans le coin le plus paumé on peut parvenir à avoir internet ! La technologie fait vraiment office de miracle aujourd'hui dans ces campagnes isolées, et on est même d'ailleurs surpris de voir de vieilles femmes Lisu devant le marché, sortir leurs téléphones portables pour demander à un de leurs petits fils de passer les chercher en scooter... Bref, après quelques recherches sur Google le big brother, nous ne trouvons que très peu de données consignées sur le coin, mais nous nous parvenons tout de même à mettre la main sur une seule et unique carte très schématique des environs de Soppong. Une photographie de l'écran d'ordinateur et nous voilà avec une petite carte facilement consultable qui nous indique d'ailleurs, qu'à seulement 15 kilomètres de là se trouve Muang Phaem, un petit village Karen, une tribu d'origine tibeto-birmane. Nous comptons bien y aller faire un tour... même si nous ne savons pas encore comment.
Il est 8h du matin et nos pieds étant un peu fatigués ces derniers temps, nous décidons donc de louer des vélos à la journée (bien que l'on aurait souhaité un scooter, le village ne propose pas ce genre de service... Tant mieux ou tant pis!). Nous voilà donc sur deux beaux VTT à pédaler comme des fous en direction du village de Tham Lod, première étape sur notre périple. Après avoir roulé sur à peine 4km, voilà que la route commence à monter légèrement et nos souffles de plus en plus courts nous forcent à faire des haltes tous les kilomètres ! Le kilo de Ramboutans acheté la veille commence à diminuer sérieusement et notre endurance de Tasmanie semble bien loin... On dirait que les Nasi Gorengs d'Indonésie ont eu raison de nous finalement. Le décor de la route est quand à lui tout à fait magique, nous nous retrouvons dans une forêt tropicale à l'abris du soleil et les quelques kilomètres restant se font finalement tant bien que mal jusqu'à notre arrivée vers 10h aux portes des grottes du village de Tham Lod, qui paraît-il sont vraiment incontournables dans la région. Aucun touriste en vue, nous arrivons à négocier un bon prix d'entrée avec tout le package, c'est à dire avec guide et bateau pour le retour, il faut savoir que les grottes ont été formées par une rivière souterraine encore existante qui connecte les différents sites...
Notre guide, une petite dame d'une quarantaine d'années qui ne connaît que très peu de mots anglais nous conduit donc dans l'obscurité souterraine, armée d'une seule et unique lampe à pétrole qui nous révèle sous une lumière vascillante et fantomatique les profondeurs des grottes abritant des colonies d'hirondelles, de poissons et de chauve-souris. La visite très pittoresque à la lampe nous séduit, cette promenade spéléologique est inédite et dans un faible éclairage nous découvrons des merveilles de fontaines minérales figées et parois de stalagtites millénaires. Hormis l'intérêt géologique des grottes, celles-ci ont également un passé anthropologique, dans l'un des boyau étroits et sombres, nous distinguons les restes d'une peinture rupestre que malheuresement les thaïlandais n'ont pas su conserver à temps... Les infrastructures de protection de patrimoine manque cruellement ici. Ailleurs, de nombreux cerceuils dont l'histoire nous échappe et qui dateraient de plus de 2000 ans selon notre guide, jonchent le sol... A vérifier, mais nous n'en saurons pas plus même après recherches approfondies. Nous parcourons également les deux autres grottes installés sur un petit radeau de fortune en bambou. Seule source lumineuse, la petite lanterne posée sur notre rafiot éclair difficilement notre "gondolier" dont la silhouette sombre nous évoque un charon sur son Styx. La ballade devient mythologique alors que nous atteignons l'ouverture de la grotte, un point blanc perdu sur une toile noire et qui semble s'agrandir au fil de l'eau...
Après quelques forces reprise dans un petit resto du coin nous réenfourchons activement nos vélos afin d'atteindre le fameux village Karen de Muang Phaem, repéré sur notre petite carte schématique... Et oui schématique, trop peut être, et surement pas topographique, il est déjà trop tard lorsque nous regrettons amèrement de pas avoir été informés du dénivelé car après quelques centaines de mètres nous observons à l'horizon un paysage de collines abruptes qu'il nous faudra malheureusement traverser pour atteindre notre but. La route monte brutalement sur une piste rude qui n'est définitivement plus du goudron et nous sommes obligés de descendre de nos vélos tant il est impossible de gravir la pente. Espérant à chaque tournant que la route redescende enfin, très vite nous nous rendons compte que si nous voulons aller voir ce fameux village il nous faudra gravir encore plusieurs de ces impossibles dénivellés sous un soleil tapant. Après une succession de montagnes interminables, au bord de l'épuisement, Delphine broie du noir et Henri s'enfile des litres d'eau. Nous qui étions partis vers 13h, nous arrivons après une décente tout aussi raide que la montée, vers 15h30. Voilà enfin que d'imposants buffles d'eaux nous accueillent de leurs regards boueux à l'entrée du fameux village Karen que nous n'espérions plus atteindre. Quinze kilomètres au total et deux heure trente pour avaler les 6 derniers ainsi que les quelques bonnes centaines de mètres de dénivellés positifs à bout de bras et de jambes... Oui pas mal, on est plutôt fier de nous !
Même si nous en avons largement bavé (on pense surtout au retour qui sera tout aussi éprouvant avec sensiblement la même proportion de dénivellés positifs), nous sommes vraiment ravis de l'ambiance du petit village de Muang Phaem et c'est accompagné d'un guide inattendu, notre ami le chien noir, un sympathique canin affectueux, que nous déambulerons dans les ruelles aux magnifiques maisons de bois. A notre arrivée les femmes Karen accourent vers nous pour nous proposer de superbes vêtements et tissus, fruit d'un travail à la main de longue haleine. Les mailles sont grossières et témoignent d'elles mêmes du travail minutieux de ces vieilles mains Karens. Les motifs magnifiques et les couleurs vives de ces tapisseries nous séduisent immédiatement. Nous sommes invités à rentrer dans la maison d'une petite dame qui nous montre l'unique couverture qu'elle a tissée elle-même, nous en tombons immédiatement sous le charme et la jeune femme est tout simplement ravie que nous en fassions l'acquisition, pour une bouchée de pain pour nous mais une petite fortune pour les gens du villages. Si la jeune tisserande Karen mérite bien d'être récompensée pour son fabuleux travail, nous avons également l'impression de nous offrir un véritable trésor local en contreparti de l'effort fourni dans les montagnes.
Mais il est déjà 16h30 et le soleil se couche dans près de 2 heures, nous devons impérativement reprendre la route et retourner à Soppong avant que la nuit ne tombe. La montée est toujours aussi difficile et incroyablement éreintante, plusieurs fois nous nous imaginons passer la nuit sur les chemins déserts et sec, mais maintenant que nous connaissons le trajet et le dénivellé inverse, nous tenons bon en attendant que la descente arrive, proportionnelle à l'ascension. Nous profitons de longues pentes interminables et terriblement grisantes, les cheveux au vent et le tee-shirt séchant à toute vitesse. Le retour se fait finalement assez rapidement et en moins d'une heure et demi nous sommes de retour au bercail... de vrai champions ! Dans la petite auberge du village où nous nous désaltérons, nous avons du mal à réaliser que nous sommes bien là, tant certains moments nous semblaient insurmontables !
2010-06-02 19:00:48