Soppong ou Phang Mapa : la thailande rurale et multi-ethnique
Après 6 heures passées dans un bus local fenêtres grandes ouvertes et à une vitesse moyenne de 50 km/h (compter 5 km/h dans les montées), nous arrivons enfin à notre prochaine destination: Soppong. Près de la région du Triangle d'Or (la zone ou converge les frontières Thailandaise, laotienne et birmane), ce petit village aux maisons de bois modestes est situé au milieu des montagnes et concentré autour de l'unique route principale emmenant vers le Nord-Est de la Thailande et la frontière Birmane. Nous sommes heureusement bien loin de la vision du soi-disant "village" de Pai que nous avons croisé sur la route auparavant, un fameux repère de hippie-voyageur-opioman qui s'y perdaient dans les années 80 et devenu en quelques temps une ville ultra-touristique avec fast-food, foule de tour-operator et guesthouses à tous les coins de rue... Pai révèle bien le caractère ultra-éphémère de ce qui reste du coeur de la culture thailandaise authentique, dont quelques bastions subsistent encore dans la région. Cela reste néanmoins un peu désespérant de constater que la thailande a choisi la facilité en préfèrant se perdre dans un tourisme incontrolé, absoluement anti-éthique et anti-écologique. En bref, nous sommes bien content d'avoir atterri à Soppong !
Situé au coeur d'une vallée, le petit village d'environ 300 maisons (bicoques perdues du voisinage incluses) est principalement connu pour son marché du mardi matin durant lequel de nombreuses femmes issues des minorités ethniques alentours viennent vendre leurs produits ou faire quelques provisions. La population locale est incroyablement diversifiée et composée à environ 40% par les différentes tribus Karen, Lisu ou Lahu, (des groupes de réfugiés issus du Tibet, de Chine ou de Birmanie que l'on regroupe en thailande sous le terme "hilltribes", les auto-surnommées "tribus des montagnes" du Nord-Ouest), 40% de Shans de Birmanie et seulement 20% de Thailandais. Ici le stress des grandes villes semble bien loin et nous sommes incroyablement dépaysés lorsque nous nous promenons dans les petites ruelles de terre battue, entre les maisons de bambous et de paille. Nous profitons du calme de la vie simple et tranquille des villageois et partons à la rencontre des tribus voisines qui nous surprennent dès le premier contact par leurs codes vestimentaires, leurs dialectes propres et leurs moeurs très spécifiques. Nous croisons de nombreux Lisus, facilement identiables par leurs tuniques de velours bariolées de couleur violettes, oranges, rouges et bleues, tous portent en bandoulière une traditionnelle petite besace tressée. Dans les villages, nous échangeons des regards avec de superbes petits vieux à l'oeil pétillant, qui nous sourient en nous affichant leurs dentitions suprenantes teintées de rouge ou de noire par le machage intensif de la noix de Betel (ou noix d'arec, le fruit du palmier à Bétel) ou bien de feuilles de thé fermentées, des drogues douces locales et hallucinogènes naturels très prisés de ces tribus reculées d'Asie. Dès que nous nous écartons de la route principale, nous sommes tout de suite en pleine campagne et nous retrouvons rapidement les sensations que nous avions aimées dans les campagnes indonésiennes. Ici les gens qui ne voient pas défiler sans arrêt des touristes, sont tout de suite plus symphatiques et plus avenants, les sourires se dessinent bien plus facilement sur les visages et le contact est véritablement plus facile. Soppong est pour nous une véritable découverte, un coup de coeur, l'un des rares il faut le dire en Thailande, et nous décidons par conséquent d'y rester plusieurs jours pour explorer les environs, logés dans une charmante guesthouse dont la jeune propriétaire et son chat sont vraiment adorables.
2010-05-31 21:01:15