Bangkok la ville aux mille facettes
Bienvenue à "Krung Thep mahanakhon amon rattanakosin mahintara ayuthaya mahadilok phop noppharat ratchathani burirom udomratchaniwet mahasathan amon piman awatan sathit sakkathattiya witsanukam prasit" ou plus simplement la « Ville des anges, grande ville, résidence du Bouddha d'émeraude, ville imprenable du dieu Indra, grande capitale du monde ciselée de neuf pierres précieuses, ville heureuse, généreuse dans l'énorme Palais Royal pareil à la demeure céleste, règne du dieu réincarné, ville dédiée à Indra et construite par Vishnukarn ».
Si les Thais réduisent le nom à rallonge de leur capitale (d'ailleurs inscrit au Guiness Book des records comme le nom de lieu le plus long au monde) à un simplissime "Krung Thep" en Thai, vous comprendrez que de notre côté nous nous cantonerons à l'appeler Bangkok, comme l'ont baptisé les étrangers.
Nous voilà donc à "Bangkok", la capitale d'asie du sud-est la plus animée, la plus chaude, la plus décadente et dont le nom aura déjà trouvé un écho évident chez tous les amateurs des aventures de James Bond. Nous débarquons donc du train, encore tout moites et empatés par la nuit impossible que nous venons de passer. Sur les quais, de jeunes thailandaises maquillées grossièrement et en petites tenues afriolantes dorment affalées sur de vieux bancs de bois, nous évoquant malheureusement l'important tourisme sexuel qui règne en Thailande et particulièrement dans la région de Bangkok. Dehors, l'agitation règne, et dans une chaleur éprouvante un flot de tuk-tuks bruyant et de bus bondés circulent devant les façades compressés de petites boutiques serrés les unes contre les autres. L'ambiance nous rappelle un peu de Jakarta lorsque nous parvenons enfin à esquiver les chauffeurs de tuk-tuks et leurs arnaques pour sauter dans un bus, direction le quartier tranquille de Banghlamphu sur les rives du Chao Praya, le célèbre fleuve autour duquel la ville s'est développée. Guesthouse trouvée, sacs posés, nous voilà près à décompresser un peu sous le tourniquet incessant d'un petit-ventilateur qui tente tant bien que mal de lutter contre une température incomparable à ce que l'on a pu connaitre auparavant, au delà de 40°C...
A quelques centaines de mètres de notre guesthouse, nous entrapercevons les premiers touristes que l'on aie pu observer depuis notre arrivée. Plus bas vers le sud, nous découvrons un immense marché aux vêtements et autres objets en tout genre destinés à combler le touriste moyen, ça grouille de commerçants, de rabateurs et surtout d'arnaqueurs, partout. Si Bangkok est une grande ville, les quelques touristes présents en ces temps troublés semblent s'être tous regroupés dans ce coin de la ville suffisamment excentré des affrontements, ce qui fait la grande joie des vendeurs ambulants qui ayant suivi le mouvement, pululent allègrement à chaque coin de rue. Ambiance de souk moderne, on nous propose tous les 10 mètres un costume sur-mesure, de la bière, des tee-shirts ridicules, des massages, des dvds, et bien sur des tuk-tuks en pagaille...
La température de l'été brulant conditionne maintenant l'activité de Bangkok, et si l'animation est débordante aux heures les plus frâiches, la ville semble être totalement mise en pause entre 11h et 15h tant il est impossible de travailler ni de se déplacer dans les rues où ni les tuk-tuks ni l'air de daignent circuler. Dans les quartier paisibles à l'Ouest du Chao Praya, nous observons les anciens des familles, leurs corps souvent maigres et secs étendus sur de larges paillaisses disposées dans l'ombre des porches des petites maisons de bois. Comme partout dans le monde, ce sont les petits vieux qui souffrent le plus misérablement de la chaleur et attendent avec patience que la température soit plus clémente. Si la mousson inonde, les traits de soleil eux sont plus assassins, si bien que les locaux sortent tous avec leurs parapluie-parasol pour se réfugier dans les temples, aux architectures plus ventilées, plus paisibles. Partout, on fait la sieste, passants et travailleurs s'échouent sur le sol, comme écroulés d'un évanouissement soudain. On dort sur les bancs, entre deux paniers de légumes, les chauffeurs de tuk-tuks se recroquevillent compressés sur les sièges arrières de leurs véhicules. Dans les villes, on cherche l'ombre et on cherche surtout à s'hydrater abondamment. Ici le verre d'eau et la bouteille en plastique ne suffisent plus, et ont cédés la place à des seaux-thermos de plus de 3 litres que les gens trimballent avec eux et remplissent de soda et de glaçons, mini-abreuvoirs mobiles en plastique pour soif géante.
Durant 5 jours nous arpentons la ville la plupart du temps à pied ou dans quelques tuk-tuks, et partons à la découverte des petits marchés de quartier ou encore le fantastique marché aux fleurs qui au crépuscule embaume les rues de milliers de parfums délicieux. Gavés de figures de bouddha toutes plus somptueuses les unes que les autres dans les dizaines de vieux temples de la ville, nous partons explorer les "klongs". Ces petits canaux ramifiés à partir du Chao Praya et voies de transport privilégiées, quadrillaient autrefois littéralement Bangkok. Bangkok, véritable "Venise" thailandaise à son époque nous révèle alors en bateau une frise incroyable de petites maisons de bois sur pilotis qui bordent le fleuve. La ville à plusieurs visage s'avère même étonamment vivable et paisible dans les petits quartiers longeant les Klongs : les gamins se baignent nus dans les eaux boueuses tandis qu'un petit courant d'air nous rafraichit agréablement. Nous expérimenterons également la diversité culinaire locale, découvrant selon nous le meilleur Pad Thai de la Thailande dans un bouiboui perdu, mais préférant seulement goûter des yeux les insectes fris (sauterelles, criquets, larves et punaises) ou les calamars et poissons séchés, dont l'odeur nauséabonde nous dissuade immédiatement. Bangkok est incroyablement riche en stimuli sensoriels, une véritable caverne d'ali baba pour les papilles, les narines et les yeux et à chaque coin de rue nous sommes à nouveau surpris par le charme des petites scènes de vie quotidienne de cette immense babylone thailandaise.
2010-05-18 01:06:44