Remonter le temps à Borobudur...
Ce matin nous décidons de partir explorer le très célèbre temple de Borobudur, situé dans le petit village du même nom à quelques kilomètres au Nord-Ouest de Yogyakarta. Nous sommes accompagnés de Alban, français d'une jeune trentaine d'années, arrivé la veille à notre petit homestay et avec qui nous avons sympathisés. Chose amusante, le jeune homme est originaire de Nantes où il vit toujours, travaillant en tant que formateur en biologie pour les concours Paramédicaux et nous nous retrouvons à discuter de notre ville de coeur qu'il vient tout juste de quitter, lui qui n'est arrivé en Indonésie qu'une semaine auparavant. Célibataire et grand voyageur, Alban profite chaque année de ses 3 mois de chômage laissés libre par son statut d'intermittent de l'éducation pour découvrir des régions du monde lors de périples assez aventuriers et très petit budget. Nous partageons avec lui quelques expériences, lui qui connait bien la Chine et le Tibet nous donne également quelques tuyaux pour le transsibérien (par lequel nous comptons rentrer en France) et la complexe quête aux visas qui va avec. Nous partons ainsi aux premières heures de la journée, les meilleures, forts de notre nouvelle équipée éphémère à trois voyageurs et en quête des bus locaux qui emmènent à Borobudur.
Le temple de Borobudur, inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO, est une incroyable construction bouddhiste datant du VIIIe et IXe siècle à l'époque de la dynastie Sailendra et plus pompeusement le plus grand monument bouddhiste au monde. Le temple, à la fois sanctuaire dédié à Bouddha mais aussi un lieu de pélerinage, se présente sous la forme d'un mandala géant, carré parfait de 113 mètres de côté et à quatres étages, les trois derniers étant une représentation de la complexe cosmologie Bouddhiste. Vue du ciel, comme on l'observe sur les cartes postales qui abondent, le temple une fois réduit à deux uniques dimensions, laisse apparaître son étonnante architecture géométrique. Les moines, pélerins et visiteurs déambulent ainsi à l'intérieur même de ce mandala géant aux fantastiques galeries de bas-reliefs d'une longueur totale de 5km (taillés directement dans la pierre volcanique de la région), et toujours dans le traditionnel sens horaire. Nous découvrons ce lieu magique dans la lumière encore tamisée du matin, la chaleur commence tout juste à devenir pesante mais pas suffisamment pour nous empêcher d'apprécier les interminables successions de scènes sculptées et magnifiquement conservées qui retracent les différents épisodes de la vie du Bouddha Sakyamuni (Siddhartha Gautama). Ici, de vieux sages à la barbe pendante se reposent près d'un arbre, entourés de leurs fidèles, ailleurs un éléphant figé dans la pierre souffle un grand jet d'eau depuis sa trompe... Les visages de pierres nous sourient de leur imperméable béatitude toute bouddhiste alors que nous traversons le temps entre l'ombre et la lumière des allées du Mandala qui nous délivrent patiemment un conte imagé fait de princes richissimes, de sages immobiles et d'animaux exotiques. Si la scupture semble avoir insuffler la vie à la pierre, celle-ci n'en reste pas moins habitée par de nombreux insectes et reptiles qui y ont trouver refuge. Ainsi, les lézards, libellules et abeilles du coin, se balladent allégrement entre les failles et les coiffes des statues millénaires, observant du coin de l'oeil les visiteurs et pélerins.
Nous parcourons ainsi les 4 galeries, transportés par la pierre volcanique et les chemins ornés du temple de Borobudur avant de découvrir le spectacle singulier du sommet du monument. Sur la terrasse de celui-ci, à nouveau un dernier niveau s'étend, acceuillant trois autres terrasses circulaires concentriques chapeautées de 72 Stupas. Les Stupas, sortes de cloches de pierre ajourées, sont tendues vers le ciel de toute leur minéralité comme des flèches spirituelles. Elles accueillent chacune un Boddhisattva sculpté (les disciples de Bouddha), en position de méditation et affichant inexorablement un sourire ineffaçable de plénitude céleste. Nous voilà arrivés à la fin de notre propre pélerinage à Borobudur, touristique celui-ci, serpentant au travers des différentes strates de Stupas, ces igloo-tumulus abritant la prière et l'énergie cosmique de ces figures silencieuses. Il est temps pour nous de rentrer à Yogya, les bus des tours commencent alors à vomir des flots de touristes principalement Indonésiens et même de nombreux Papous qui nous demandent de poser avec eux pour une grande photo de groupe. Nous voilà également devenus nous-même une attraction au même titre que les boddhisattvas de pierre, qui nous toisent de leur sourire amusé. Après les dizaines et dizaines de clichés pris dans le temple de Borobudur, il peut-être simplement temps pour nous de ne devenir que de simples sujets photographiques afin de rétablir la balance touristique de ce lieu véritablement cosmique.
2010-05-07 02:17:46