A la découverte de l'artisanat traditionnel Javanais
Durant notre séjour à Yogya nous avons l'occasion de nous intéresser particulièrement à l'artisanat local de l'île de java, notamment le Batik et les marionnettes traditionnelles, les Wayang "Kulit" réalisée en cuir de buffle mais également les Wayang "Golek", elles, sculptées en volume et dans le bois. Le Batik est une vraie industrie ici à Yogyakarta, technique de réalisation graphique de motif sur tissu effectuée à l'aide de cire chaude, de pochoirs et de peinture. Cette institution locale possède deux principaux usages textiles distincts, servant à la création de toiles d'artistes originales mais également et surtout à l'industrie du vêtement. Ici tous les Javanais portent du Batik dont les teintes originelles sont globalement marrons, noires et orangées. On peu trouver ces tissus traditionnels qui tapissent véritablement tous les coins de rue de la ville aussi bien que ses habitants, sur leurs chemises, sur les voiles des femmes et les Udengs (turbans traditionnelles) des hommes. De notre côté, nous sortons des sentiers battus touristiques du Batik à l'écart des nombreuses galeries qui exposent toutes des toiles réalisées à la chaîne. Nous préférons remonter à la source et partons à la découverte du centre de formation des étudiants en Batik, qui, souvent issus de famille pauvres apprennent la technique auprès de maître plus réputés dont certains ont même été exposés à Paris. Dans de petits ateliers aux toiles plus ou moins complexes accumulées sur les murs, deux femmes plongent de petits morceaux de bambous équipés d'un réservoir en métal qu'elles plongent dans une petite coupelle de cuivre remplies de cires chaudes. Nous observons la technique de ces petites mains qui appliquent méticuleusement la cire et dessinent sur le tissu, avant de les recouvrir de couleurs différentes et de recommencer ce processus successivement des dizaines et dizaines de fois. Le Batik réalisé à la manière traditionnelle est définitif : on peut le laver et le frotter à volonté, le motif perdurera. Plus tard nous allons au sud de la ville, explorer l'autre facette de cette technique auprès d'une usine de Batik, qui produit cette fois-ci des vêtements. Le procédé est plus industralisé mais reste globalement très dépendant de la main des Javanais. Nous sommes invités à pénétrer dans les coulisses. Dans le grand hangar, c'est cette fois-ci à l'aide de grands tampons gravés de 25x25cm en métal que les ouvriers appliquent et reproduisent à l'infini les motifs sur le tissu. Plus loin dans de grandes cuves de produits chimiques, un autre travailleur est affairé à plonger et replonger les tissus dans les acides qui figent ensuite définitivement les couleurs et les formes.
Si le Batik est littéralement impossible à manquer dans les rues de Yogya, il en est également de même pour le Wayang, le théàtre de marionnette traditionnelle, un art millénaire qui remontent à l'ère pré-hindoue de l'île (ayant suivi l'Inde Antique) et qui fait figure de socle incontournable de la culture populaire Javanaise. Ces étonnantes figurines anciennement en cuir (Wayang "Kulit) ont pris des formes plus contemporaines depuis le début du XIXe siècle avec l'utilisation du bois sculptée (Wayang "Golek"). Les marionettes prennent l'apparence d'archétypes aux figures inchangées depuis la nuit des temps, qui, en nombre limités sont tous issus d'histoires qui reprennent les légendes indiennes issues du Ramayana (dont nous avions assisté à une représentation au palais du Ubud) et du Mahabharata. A la rencontre des artisans issus d'anciennes familles travaillant dans l'enceinte du Kraton pour la famille royal, nous faisons notamment la connaissance de Master Olot, un vieux monsieur d'une belle soixantaine d'année et passé maître dans la fabrication, la peinture, et la manipulation des marionnettes Kulit. Celui-ci nous invite d'ailleurs à découvrir son atelier et nous explique le symbolisme de chacuns des personnages, ceux-ci nous dit-il "ont chacun des valeurs, un karma et des énergies propres". Faire l'acquisition d'une des marionettes n'est pas un acte à prendre à la légère et c'est aussi à la marionette de trouver d'elle même le propriétaire "avec laquelle elle rentrera le plus en résonnance". L'ancienne discipline du Wayang Kulit fait également l'objet d'un théàtre d'ombre très codifié, et reste très populaire auprès des Javanais. Les représentations de Wayang servent essentiellement de support à des enseignements philosophiques, morales et symboliques et sont utilisées non pas pour des spectacles de distraction, mais lors de rituels codifiés.
Nous avons eu la chance d'assister à une réprésentation de chacune des formes de Wayang, en ayant une préférence certaine pour sa forme la plus traditionnelle : le wayang Kulit. Lors de la représentation, c'est le "Dalang" qui manipule et anime les marionnettes à l'aide de grandes baguettes en bois ou en corne de buffle. Le Dalang conduit ainsi l'histoire en tant qu'unique narrateur des épopées indiennes antiques, chantant, prêtant sa voix aux personnages et guidant l'orchestre placé derrière lui. Cette homme, véritable gamin amusé et transcendé par son art et le plus souvent d'un âge avançé en raison de la maitrise demandée par l'art du Wayang qui demande de connaître sur le bout des doigts chacuns des quelques 500 personnages de histoires classiques, leurs mouvements et leurs rôles tout en insufflant la vie à l'histoire contée. Les musiciens jouent essentiellement du Gamelan, mais aussi de nombreux instruments traditionnels Javanais (principalement des Gongs) et sont assistés par un groupe de femmes qui accompagnent la musique de leurs voix cristallines poussées à l'unisson. L'ambiance est mystique, magique et empreinte de spiritualité, et traditionnellement, le spectacteur est invité à s'asseoir, soit de l'autre côté du drap sur lequel sont projetées les ombres des marionettes, soit derrière le Dalang où ils peuvent contempler le travail de ce dernier, de l'orchestre et les couleurs des figurines. Symboliquement cette représentation certaine de l'école de la vie permet, à l'image de la célèbre caverne de Platon, de choisir de regarder les choses du côté de la réalité, en lumière ou du côté des apparences et de l'imaginaire, tout en ombres et en silhouettes déformées. De notre côté, nous sommes conquis par le fabuleux spectacle qui bien que incompréhensible en Bahasa Indonesia, nous permet de revoir Sinta, Shita, le prince Rama, Hanuman le roi des singes et bien d'autres que nous avions découvert dans l'histoire complexe de Ramayana à Bali.
2010-05-06 23:59:34