Premiers pas sur l'île de Java
Il est 10h et nous voilà devant notre Losmen, attendant sous une chaleur déjà bien éprouvante le bemo qui nous conduira à Gilimanuk, le village portuaire à l'ouest de Bali et point d'accès vers l'île de Java toute proche. Notre bemo est malheureusement en retard et nous commençons à stresser car nous avons cette fois-ci prépayé le trajet auprès du gérant de notre Losmen (et si notre transport n'arrivait pas?). Enfin après 1h d'attente oppressante, nous partons finalement à bord du petit bus bondé qui roule à tout allure le long de la côte Nord de Bali. Il est près de 13 heures lorsqu'enfin nous arrivons au port de Gilimanuk, juste le temps de prendre un ticket de ferry et nous embarquons directement pour Java. Depuis le quai nous apercevons facilement l'île de notre destination qui ne se trouve qu'à deux bons kilomètres au loin. Après une heure de traversée et surtout d'attente dans la cohue des échanges maritimes entre Bali et Java, nous posons enfin le pied sur cette île inédite, coeur économique et île la plus peuplée de toute l'indonésie accueillant plus de 60% de la population totale de l'état fractionné. L'ambiance est totalement différente de Bali, l'ordre Balinais et la culture hindouiste font place à un souk de voitures et à une culture musulmane qui semble moins paisible et raffinée sous ses premiers abords. Nous sommes pris d'assaut dès notre arrivée par un certain Léo, afin de signer un registe d'arrivée sur l'île dans un prétendu "Centre de tourisme" officiel (ici rien n'est véritablement officiel, et toujours sujet à la magouille et compagnie). Le léo en question essaye de nous embobibner et nous propose au bout de quelques minutes de nombreux tours aux prix tous plus exhorbiants les uns que les autres, tout en nous assurant constamment que le centre de tourisme n'est pas une agence de voyage et que ces prix sont biens des prix locaux... Mais bien suuur ! L'idée est simple, on prend le touriste et on lui fait peur en lui faisant croire que tout est inaccessible ici, qu'il n'y a pas de transport public, qu'il va avoir des problèmes et on lui prend son fric petit à petit. Nous sentons l'entourloupe et préférons nous poser calmement dans un cyber café de Banyuwangi, la ville situé à quelques kilomètres de notre port d'arrivée de Ketapang. Notre super guide lonely planet des castors juniors d'Asie du Sud-Est manque vraiment de détails et à part Jakarta et les grandes villes, ils ne couvrent absoluement pas les sentiers alternatifs, nous devons donc très souvent faire le plein d'info nous même. Nous nous renseignons 1h durant sur le Oueb à propos des chemins à prendre pour nous raprocher de notre prochaine étape : le volcan Kawah Ijen. Si l'ouest de Java est très innervée par les transports, il en est un tout autre histoire pour l'Est, plus sauvage et moins touristique. Pour arriver à notre destination il nous faudra donc bien jouer de débrouillardise avec les multiples bemos, étapes et routes cabossées.
Nous décidons d'entamer directement le trajet dans la journée et nous passons ainsi toute l'après-midi dans les transports en commun locaux allant jusqu'à Bondowoso en passant par Situbondo, contournant le Ijen via le nord-est de l'île. Java est une île bien plus grande que Bali, et nous nous en rendons compte au fur et à mesure que les heures défilent dans la chaleur et la transpiration des bus bondés et inconforables : les yeux sur la carte nous observons les courtes distances que nous parcourons et qui nous semblent interminables. Nos heures de bus sont agrémentées de vendeurs ambulants en tout genre, chanteurs à briser les miroirs ou parfois inaudibles vue le bruit du bus. Nous voyagons avec les locaux et profitons de cette première expérience javanaise incroyablement dépaysante, après l'atmosphère unique de Bali. La nuit est déjà tombée lorque nous arrivons à la gare routière de Bondowoso. Avec l'aide d'un plan gribouillé par un gardien de la gare sur un vieux bout de papier, nous déambulons dans rues animées nous mettre en quête d'un logement pour la nuit. Vu sur internet, le Palm Hotel semble être tout indiqué et surtout le moins cher de Bondowoso. Nous marchons donc avec nos gros sac à dos dans les rues animées, évitant les Bejaks, les pousse-pousses à pédale qui nous harcèlent. Nous n'avons croisé aucun occidental depuis notre arrivée sur Java, preuve de l'isolement de la partie Est de l'île et si Bondowoso semble être une grande ville surpeuplée, tout le monde dévisage notre arrivée avec de grands yeux ronds et parfois pas très chaleureux. Première désorientation compliquée : personne ne parle anglais ici, nous sommes vraiment lâchés au coeur de la vie javanaise et nous sommes ravis ! Finalement nous parvenons à notre destination, l'hotel que nous pensions bon marché s'avère immense et comporte même une piscine. Si le petit déjeuner est inclus, la chambre la moins chère vaut tout de même 100 000 Rp et ne comporte même pas de douche (rien qu'un petit robinet), qu'importe, pas de concession pour notre petit budget! Nous nous rendons finalement compte que l'hotel est totalement vide, un véritable bâtiment fantôme et toujours pas le moindre touriste à l'horizon !
Quelques minutes plus tard en redescendant vers le hall nous rencontrons tout de même Clive, un backpacker australien-anglais d'une trentaine d'année et à la barbe noire de bucheron débarquant lui aussi à l'hotel, et qui semble tout aussi heureux de voir enfin des étrangers comme lui (nous ne sommes donc pas seuls) ! A peine le temps de faire connaissance qu'un javanais nous aborde pour nous proposer à tous les trois ses services afin de nous emmener dès le lendemain matin jusqu'au Kawa Ijen. Là encore les prix sont abusifs pour nous ainsi que pour Clive qui semble bien sur la même longueur d'onde que nous. Nous lui expliquons notre désir d'aller là bas par nos propres moyens et lui expliquons un peu les informations que nous avions pu glanées jusqu'ici concernant l'ascension du volcan, les bemos pour s'y rendre, etc... Petit budget comme nous, Clive est emballé par notre idée et nous décidons donc d'aller ensemble tous les trois le lendemain directement vers Sempol, le dernier village au pied du Ijen et le point le plus proche ou dormir afin de faire l'ascension du volcan. Nous faisons plus ample connaissance avec lui durant la soirée, en nous balladant et dînant dans une foire-expo de Bondowoso l'évènement annuel de la ville qui vient tout juste d'ouvrir ses portes. Dans l'enceinte du parc, nous nous amusons de l'échelle réduite et cheap de cette foire locale : quelques vendeurs de glâces et de nourriture, deux-trois espaces de promotions pour des vêtements ou meubles kitschs et une roue de fête forraine bien grinçante et absoluement aucune sécurité, les gamins en faisant le tour en s'accrochant uniquement à la force des bras aux structures de fer vieillotes. Avec son chapeau de paille indonésien sur la tête et une barbe épaisse de plusieurs mois, Clive, sous ses airs de Robinson Crusoë roots, nous raconte un peu son parcours atypique. Né à Sydney juste à côté de Manly où nous avons vécu pendant quelques mois, il a quitté l'Australie à l'âge de 25 ans et a vécu deux années au Japon avant de devenir Consultant financier dans l'immobilier à Londres où il vit depuis 7 ans. Il a cette année décidé de tout quitter pour revenir vivre dans son pays natal près de sa famille et de son père, entre temps il s'est donc accordé quelques mois de répit pour faire le point et découvrir le monde sans vraiment avoir de périple défini : l'Afrique, l'Europe, et enfin l'Indonésie où il a passé son Padi à Lombok avant de revenir vers Java pour enfin repartir définitivement en Australie. Nous sympathisons bien avec notre nouveau compagnon de voyage, et sommes tous les deux conquis par son accent britannico-australien, totalement limpide et compréhensible après les derniers mois à patauger un peu avec l'anglais maché très spécifique de l'Australie, la Tasmanie et de la nouvelle-Zélande.
2010-04-29 23:45:09