Australia Dreamin'

Lovina, entre plage et rizières

Ce matin nous petit-déjeunons en autonome à l'aide du reste de Nutella ramené d'Australie et les petites bananes locales achetées la veille au marché de Bedugul... délicieux ! Il est temps pour nous de plier baggage et nous filons donc assez tôt dans le village jusqu'à l'arrêt de Bemo, les mini-bus public aux horaires très matinaux aussi imprécis qu'improbables. Trimballant nos sac à dos en marchant le long de la route, esquivant tour à tour voitures et scooter qui nous frôlent à une vitesse infernale, un Bemo s'arrête justement à nos côtés. "You go to Segirit ??", le chauffeur répond par un "Yes" volontaire, en effet les Bemos fonctionnent surtout par courtes étapes entre les villes, et il est souvent nécessaire d'en emprunter deux ou trois pour arriver à destination finale : dans notre cas, nous devons déjà nous rendre à Segirit au Nord sur la côte, avant de retrouver un autre Bemo pour Lovina plus à l'Est. Bref voilà bel et bien notre Bemo de 8h, "pile" à l'heure (il est 7h40)... Juste le temps de négocier les tarifs, nous lançons enfin nos deux sacs à dos dans la mini-van à la portière bloquée, ouverte en permanence, avant de monter à l'arrière. Deux femmes balinaises sont déjà installées à l'avant aux côtés du conducteur qui fume tranquillement une cigarette au volant, et nous sommes bientôt rejoint par une troisième femme qui se glisse sur la deuxième rangée de sièges étroits situés derrière nous. A nos pieds les bagages des passagères, des paniers de palmier tressés aux contenus divers. Le soleil est au beau fixe et nous descendons la montagne dans le traffic matinal, surprenant à travers les vitres de nombreux balinais des villages voisins en costume traditionnel au blanc éclatant impeccable. Explication, on nous a avertit la veille que les villages près de Munduk accueillaientt une importante célébration qui débuterait aux environs de 14h. Nous n'en saurons malheureusement pas plus, puisque nous quittons cette région de l'île ce matin même.

Le paysage défile, nous donnant toujours plus de visions incroyables de l'indonésie, des risières reflétant le ciel dans leurs eaux stagnantes impassibles, des enfants à la peau brune se baignant nus dans les rigoles au bord de la route, le constant défilés des motocyclettes, véritables pyramides humaines parfois, avec femmes, enfants et souvent toute la famille... Après une bonne demi-heure nous voilà à Segirit, notre Bemo s'arrête et le chauffeur hèle aussitôt en direction de la route d'en face : un second Bemo moteur allumé est sur le point de partir... On comprend un vague "blablabla Lovina blablabla", qui nous pousse à croire que le temps de notre transfert est arrivé. Nous reprenons nos sacs, transvasons le tout dans l'autre Bemo et remontons enfin à l'arrière d'un nouveau mini-van, trouvant un siège entre deux sacs de blés. Quelques dizaines de minutes plus tard, nous voilà arrivés à Lovina : il est 8h45. Les Bemos sont matinaux et c'est parfait pour commencer la journée !

A peine le temps de descendre du Bemo que nous sommes déjà alpagués par le gérant d'une Homestay qui nous fait miroiter un prix alléchant de 50 000 roupiah la nuit, soit environ 4 euros. Nous visitons la chambre... RAS, mais c'est surtout la vue imprenable sur les rizières qui nous convint rapidement. Le confort étant tout ce qu'il y a de plus correct : toilettes à sièges (plus pratique), ventilateur au plafond, lit pas trop défonçé, pas d'eau chaude mais bon on a l'habitude depuis notre arrivée, etc... Bref le luxe du presque spartiate ! Pas vraiment l'envie de retourner en ville pour s'informer des meilleurs prix, on nous signale d'ailleurs que l'adresse est réputée pour être la moins chère du coin : nous acceptons directement et posons nos affaires. On dirait que la mécanique du voyage à la balinaise commence à être bien huilée pour nous, avec enfin une assistance locale que l'on jugerait même plutôt pratique dans la région, comparée aux arnaques à la pelle largement opérées dans la partie Sud de l'île.

La journée ne fait que commencer et dans la matinée nous partons donc dans les rizières vertes aperçues depuis notre chambres. Après quelques centaines de mètres, nous arrivons jusque dans les petits villages isolés de la côte vers l'intérieur des terre. Au son du "Om Swastiastu", le "bonjour" en dialecte local balinais mieux perçu que le "Selamat Pagi" du Bahasa Indonesia, les regards s'illuminent, et l'on nous parle en balinais nous qui ne pouvons évidemment rien répondre d'autre qu'un simple "Djaran Djaran" passe-partout. Les gens ici ne semblent pas croiser de touristes tous les jours dans ces coins de verdure reculés. Près d'un petit sentier boueux, 3-4 cochons noirs nous lorgnent de leurs yeux porcifs et pensifs, tandis que plus loin une fête de mariage prend place dans une très modeste bicoque : une huitaine de gamins qui viennent à notre rencontre en riant et criant des "Helo, Heloooo". L'ambiance vraiment familiale des campagnes balinaises nous surprend toujours, et nous touchent d'avantage que les villes oppressantes aux marchands intéressés et profiteurs parfois malhonnêtes. Nous continuons notre boucle, surprenant une femme portant un grand et lourd coeur de palmier sur le haut de son crâne, et avec qui nous échangeons quelques rudiments d'anglais. "What is your name ?" est souvent l'unique question que l'on nous pose et l'on est souvent bien embarassés devant la complexité des noms de nos interlocuteurs lorsque l'on leur retourne l'interrogation... Pour demande notre chemin, on se contente de mots clés et de signes, efficaces et toujours intelligibles. Le mime s'avère bien plus imagé pour dialoguer, la communication dans son essence la plus pragamatique : le langage universelle. Nous retournons finalement vers Lovina, après un détour vers la plage de sable noir, avant de faire escale dans un petit Warung local sur les conseils d'un des employés de notre homestay.

Après-midi repos sur la terrasse du homestay, dans la chaleur retrouvée après notre descente des relativement fraîches hauters de Munduk. En fin d'après-midi, nous explorons un mini-chemin entre les réseaux d'irrigations des rizières, lorsqu'à notre passage devant une habitation isolée et très sommaire voir insalubre, nous sommes salués par un homme d'une trentaine d'année installée à une table devant la petite maison sans fondation faite de parpaings et de taules empilés à même la terre. Putu, un balinais qui vit là avec sa famille au milieu des rizières nous invite très gentiment à venir chez lui et nous offre même le café, nous acceptons avec joie ! Nous voilà donc assis sur la petite "terrasse" de terre de la maison de Putu, de sa femme et de ses trois filles. Bientôt trois cafés balinais sont apportés par son épouse, une femme balinaise adorable qui ne parle aucun mot d'anglais. Les breuvages sont servis dans trois gobelets en plastiques à la mine sale et plutôt décourageante. Nous nous assurons de manière discrète que l'eau est bien bouillie, et que nous ne risquons pas d'attraper une quelconque bactérie intestinale tout en remerciant nos hôtes d'un grand sourire reconnaissant. Si les particules en suspension ne sont pas très rassurante, le café est lui véritablement délicieux... Tout en buvant, nous discutons avec Putu qui nous explique son histoire, sa situation et son métier à Lovina. Lui et sa famille sont vraiment très pauvres, à l'image du véritable taudis dans lequel ils vivent tous les cinq et que nous visitons bientôt, il nous parle de son passé difficile illustrant souvent ses aventures à l'aide des notions de "bon et mauvais Karma", chères aux Balinais. Tantôt chauffeur de scooter, ou travaillant sur les bateaux de tourisme du coin qui partent à la rencontre des dauphins, son anglais est plutôt bon. Nous discutons bientôt de nos différences du culture, de la spiritualité balinaise, des combats de coq auxquels il participe avec ses propres coqs, des structures familiales traditionnelles de l'île, et de leurs rapports avec les communautés musulmanes très majoritaires dans le reste de l'indonésie. Celui-ci reçoit soudainement un coup de fil de son patron, qui lui demande expréssément de faire une offrande dans la journée afin qu'ils aient plus de clients pour le lendemain: incroyable de constater comme ces pratiques spirituelles sont intégrés dans la vie quotidienne qu'elle soit aussi bien familiale que professionnelle. Putu nous explique alors qu'il n'a pas eu un seul client depuis 3 jours, à cause du manque de touristes européens qui ne peuvent se rendre à Bali suite à l'éruption du volcan en Islande. Il est vraiment étrange de constater sur le terrain que la mondialisation et l'accroissement du tourisme a aujourd'hui conduit à associer le destin financier de cette famille isolée de Bali, à un phénomène géologique localisé à l'autre bout du globe... L'homme est espiègle et plein d'entrain, nous parlant avec recul de son adolescence passée à batifoler à droite à gauche dans un contexte plutôt instable, avant qu'il rencontre la femme avec qui il partage maintenant sa vie. Putu nous présente également ses filles, l'ainée d'environ 12 ans, actuellement en Junior High School et qui souhaiterait travailler sur les bâteaux de croisières, la cadette plus timide, et enfin sa dernière, une jeune fille de 3 ans et demi, qui fait sa fofolle en chantonnant au coucher du soleil dans les rizières à quelques mètres de là.

Alors que le soleil a déjà disparu derrière les arbres au loin, Putu nous signale qu'aujourd'hui étant un jour de pleine lune, les balinais se rendent traditionnellement en masse à la mer pour y faire des offrandes et s'y laver le corps et l'esprit en se frottant à l'aide d'herbes spéciales. Putu nous propose alors de l'accompagner jusqu'à la plage, lui et sa famille, mais nous préférons décliner poliement, devant la nécessité de rentrer auparavant à notre chambre pour y déposer des affaires. Nous remercions chaleureusement notre hôte pour sa gentillesse et la spontanéité de son accueil, auxquel nous ne sommes guère habitués, puis nous prenons le chemin du retour, marchant sur les étroites bandes de terres quadrillant les risières.

De retour à notre homestay, nous jetons un coup d'oeil sur la petite maison au centre des champs, et touchés par la générosité de la famille balinaise très modeste qui nous a accueilli cette après-midi, nous souhaitons faire un petit geste pour les remercier. Nous partons donc en ville, et remplissons deux sacs plastique de toute sortes de fournitures scolaires à offrir aux filles de Putu, cahiers, carnets de coloriages, crayons de couleurs, stylos, le tout accompagné par un tas de confiseries, sucettes ainsi que des boites de gateaux et patisseries pour les parents... Les bras chargés de ces petits cadeaux de rien du tout, nous repartons de nuit à la lumière de notre lampe torche, marchant dans la boue des petits chemins de risière. Nous arrivons enfin à la porte de chez Putu que nous retrouvons et qui nous fait rentrer chez lui. De la terre au sol, et l'électricité depuis seulement 2 ou 3 ans, la petite maison est un véritable bric à brac d'objets et de meubles cassés qu'on imagine facilement avoir été récupérés à droite à gauche. A l'intérieur, une pièce principale et deux petites chambres aux lits complètements défoncés et matelas moisis. Nous sommes pourtant étonnés qu'un intérieur à l'apparence aussi misérable puisse avoir l'air aussi chaleureux avec toute la petite famille réunie. Nous montrons ce que nous avons ramené aux filles qui ont l'air ravi : distribution des cadeaux que l'on tend aux enfants, et aux parents. On nous gratifie de nombreux merci embarassés, les filles, plutôt timides, nous serrent la main, poussées par leurs parents ! Putu nous dit qu'ils nous invitent à manger, et que sa femme est déjà partie refaire du café... A contre-coeur nous devons faire des pieds et des mains pour décliner à nouveau leur invitation insistante... La pièce qui leur sert de cuisine à l'extérieur de l'habitation est vraiment dissuasive et située à quelques mètres des porcs qu'ils élèvent et bien évidemment sans l'eau courante: nous prendrions le risque de nous exposer à une très probable intoxication alimentaire du fait de nos estomacs stérilisés d'occidentaux moyens... Nous quittons donc à nouveau la petite famille et regagnons la ville, espérant avoir peut-être contribué un peu au bonheur de la famille de Putu !

2010-04-28 23:43:25

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