Une journée à Sidemen
Aujourd'hui, nous partons en ballade à pied dans le coin, "Djalan Djalan" comme on dit souvent ici... Nous voilà donc partant sur une petite route à l'extérieur de Sidemen. Le long du chemin, des petites cabanes aux toitx de chaumes perdues au milieu des champs de fleurs. Dans les allées colorées, des chapeaux de pailles typique s'affairent sécateur à la main. Si la région est recouverte de rizières, elle est aussi connue pour accueillir une des plus grandes productions de fleur de l'île (nous n'en saurons pas plus sur leur nom), ces fleurs utilisées chaque jour par milliers dans les offrandes traditionnelles et que l'on retrouve partout dans Bali. Nous marchons, marchons et marchons encore, passons un pont de bois peint dont la structure jaune surplombe une rivière abondante. Plus haut sur le cours d'eau, des femmes et des hommes se lavent sans se cacher de leur nudité dans ce qui semble être ici les douches publiques des petits villages aux environs de Sidemen. Plus bas l'eau de la rivière est détournée le long d'un petit canal qui alimente les fontaines et champs du coin. Les jeunes y amènent tous leurs scooters et leurs moto (leur grande fierté) et passent ainsi des heures et des heures à les nettoyer, les savonner, les bichonner dans les moindres recoins. Nous continuons toujours à pied, le plat se fait pente et nous voilà déjà en train d'avaler les premières collines aux pieds de la montagne qui, en son sommet, accueille le temple du village. Passons devant une fontaine sur le bord de la route où là encore, femmes et hommes se lave nus et à l'eau froide, les vêtements temporairement posés sur le bitume. Notre pudeur d'occidentaux nous fait détourner le regard alors que nous les dépassons... Plus loin, le bruit sourd d'un objet qui tombe brutalement sur le sol attire notre attention, personne à l'horizon, étrange. A nouveau ce bruit, et celui du feuillage qui s'agite, nous levons les yeux et découvrons au dessus de nos têtes un balinais perché à 20 mètres de haut au sommet d'un Cocotier. Sans accessoires aucuns, le jeune homme grimpe au tronc avec une facilité déconcertante, et muni de sa faucille il abat une à une les noix qui s'abattent alors lourdement dans les buissons tropicaux en contrebas. Nous le saluons et continuons toujours plus profondément dans la campagne. Les quelques modeste maisons isolées sur la route ont maintenant cédé la place à la végétation dense de la forêt tropicale. Parmi l'incroyable diversité de plantes et d'arbres de la région, des cacaotiers sauvages nous révèlent leurs grandes graines rouges de Cacao, solidement attachées au tronc. Ailleurs, la très suggestive fleur du bananier s'allonge de tout son cou semblable à un gros bec d'oiseau à collerette. Nous croisons quelques habitants du coin à pied ou à scooter qui s'arrêtent à notre passage et semble nous demander où nous allons, s'imaginons que nous nous sommes certainement perdus sur le trajet vers notre villa avec piscine. Le fameux "Djalan Djalan", interprété on l'imagine par un équivalent de "on se promène à pied dans le coin" évite là encore bien des explications compliquées et inutiles.
Si nous nous sentons seuls dans l'immensité des campagnes vertes et désertes de Sidemen, cela n'en est en réalité rien : sur les routes les plus éloignées, nous entendons toujours des mignons "Hellos" d'enfants venus d'on ne sait où. On se demande bien comment ces malicieux esprits de la forêt balinaise parviennent à nous apercevoir, nous hélant avec leurs voix aigües depuis des petites bicoques de taules perdues derrière les bananiers et la flore tropicale. Nous découvrons alors que les arbres nous épient discrêtement et nous répondons aux petites voix en criant nous même des "Hellos", agitant la main devant un mur de verdure dissimulant on suppose, quelques habitations. Après quelques maigres kilomètres de marche sous le cagnard local, et le niveau de notre bouteille d'eau ayant vertigineusement diminué, nous rebroussons chemin à l'endroit d'un petit temple ou sanctuaire perdu. L'enclave sacrée accueille différents petits autels aux toits de briques et de chaumes aux riches ornementations colorées, tout aussi magnifiques que singulières et contrastant avec l'état brute et sauvage de ces campagnes balinaises. Sur le retour, des tapis déployés sur le sol de la cour intérieur d'une des maisons de village attirent notre attention. Les carrés de palmier tressés sont recouvert de plantes mises là à sécher dans la chaleur du soleil au zénith. Nous saluons un des hommes de la maison depuis la porte extérieure, lui demandant avec difficulté linguistique aidé de mimes hésitants, s'il est possible de venir voir de plus près. Le balinais très sympathique nous invite bien évidemment chez lui et parvient même à nous faire comprendre que les plantes en question sont des herbes et épices à fumer : nous identifions notemment des clous de girofles mais nous sommes bien incapable de reconnaître la seconde. De retour sur la route, nous n'en finissons pas d'être éblouis par la beauté des gens. Trois gamins aux prénoms improbables de Wayan, Ninin et... Ninin (un deuxième) nous éclairent de leurs rires. Plus loin nous échangeons avec deux balinaises chapeautées de totems locaux, paniers et objets qui prennent parfois des allures de saucoupes volantes tandis que des villageois installent de nouveaux tapis sur le bord de la route et disposent le riz à sécher au soleil. Le temps d'une pause nécéssaire à l'ombre, nous observons les véritables pyramides humaines des familles locales, perchées au nombre de quatre ou cinq sur une même mobylette. Aucun ne manque jamais de nous saluer, et ce toujours avec un sourire rayonnant. Finalement, nous voilà enfin bel et bien rentrés dans notre petite chambre avec salle de bain extérieure, les pieds un peu fatigués et le tee-shirt trempé, mais les yeux remplis de belles visions et de bonnes énergies. Si nous ne sommes à Bali que depuis quelques jours et que nous n'avons que peu de recul, nous sommes d'or et déjà conquis par la région de Sidemen, un des endroits les plus magique et authentique qu'il nous aie été donner de découvrir lors de notre voyage.
L'après-midi est plutôt placée sous le signe du repos et de la détente. Henri repart tout de même à nouveau en ballade avec cette fois-ci l'espoir de parvenir à monter au sommet de la montagne jusqu'au temple local de la région, dont on aperçoit au loin la pagode à plusieurs étages s'extirper de la crête de la forêt. Malheureusement, comme partout à Bali, le port du Sarong et de la tenue traditionnelle est obligatoire pour pénétrer dans les enceintes sacrées, ce qui contrecarre un peu le plan. Restera tout de même la vue imprenable sur les rizières offerte depuis le sentier étroit grimpant au temple. De retour à Sidemen, nous flânons tous les deux jusqu'au soir où dans le seul restaurant ouvert (notre petite épicerie nouilles-playstation était fermée), nous faisons la rencontre de Guillaume et Clémence, deux amis venus à Bali pour les vacances. Nous discutons toute la soirée ensemble, et de leurs parcours en agro-alimentaire tout deux passionants, lui étant un jeune Oenologue de 25 ans très doué et ayant déjà officié en tant que maître de Chais dans plusieurs grandes régions, et Clémence travaillant à Singapour, base depuis laquelle elle a pas mal voyagé en Asie du Sud-Est. Nous échangeons nos contacts, en espérant bien revoir les deux français, que ce soit dans une cave à vin pour une dégustation ou à Singapour en escale !
2010-04-25 23:31:33