Sur les routes de la campagne balinaise
Ce matin, baignade matinale dans la jolie lumière et douce chaleur du soleil. Notre homestay étant juste sur la plage, rien de plus facile que d'aller piquer une tête juste après un petit déjeuner en terrasse. Si on commence à modestement s'y connaître un peu en terme de plage, avec les 5 mois précédents, nous nous rendons compte que nous sommes définitivement tombés amoureux de l'eau de Amed, vraiment trop belle... Mais pas vraiment le temps de révasser, nous devons un peu penser à la suite, notre check-out arrive à grandes minutes. Avant de prendre définitivement nos sacs sur le dos, toujours la même difficile négociation pour les transports. Contrainte en ces contrées reculées: pas de taxi, ni bemo, le scooter avec un sac serait trop risqué, du coup les potentiels chauffeurs font flamber les prix et c'est l'arnaque totale. Finalement nous sommes bien décidés à partir à pied à Culik, village situé à quelques kilomètres et en vue de trouver un Bemo vers Alampura puis vers Klung-gung et enfin Sidemen. Nous voilà donc crapahutant le long de la route, les gens nous observant avec des yeux ronds. Mais... au bout du compte, quelques minutes plus tard, voilà que l'un des précédents chauffeurs avec qui nous avions négocié nous rattrape... Son prix final reste intéressant par rapport au marché, on accepte et paf, un marchandage de plus finement négocié.
La voiture ne s'avère finalement pas en trop, car la route devient rapidement pluvieuse sur les reliefs et bientôt il tombe d'épaisses et véritables cordes balinaises. Nous observons une authentique mousson imprévue, d'une densité à faire nager des truites dans les airs. Si le pluie assombrit tout, la route reste grandiose, surplombant les rizières depuis les hauteurs. Nous marquons un arrêt à Tirta-Ganga, le "Water Palace", Palais des eaux du Sultan, puis on file directement vers Sidemen. Notre chauffeur nous emmène sur les petites routes de campagne, escarpées à souhaits, ici un mariage se tient animant tout un village, là bas des femmes frappent des fagots d'épis de riz sur le sol pour en dégager les grains arrivés à maturité.
Nous arrivons enfin dans l'unique rue du petit village de Sidemen et notre chauffeur au look rebel "boucle d'oreille", cheveux long et la démarche d'une anguille, nous conduit jusqu'au prétendu Homestay le moins cher du coin... à voir. Combien ? Seulement 350 000 Roupiah la nuit, exorbitant (on payait 75 000 à Ubud) !! Et c'est repartiiiiii... On essaye de marchander comme des dingues, stipulant qu'on se fiche bien de voir la chambre avant de convenir du prix et qu'on veut simplement le moins cher. Après longues discussions, entrevue avec la patronne, on obtient un 250k Rp pour 2 nuits (étonnant ce qu'on peut obtenir en tchatchant un peu), ce qui reste trop cher pour nous qui finalement partons vers la sortie pour tenter de voir les autres prix dans le coin. Quelques cent mètres parcourus après, l'un des gars du homestay nous rattrape en courant, nous disant qu'ils sont prêt à aller à 200 000 Rph pour 2 nuit, intéressant. On garde la proposition sous le coude et on s'en va quand même. En vérité, il n'y a pas grand chose à Sidemen à part des Villas pour riches vacanciers à quelques kilomètres, avec vue sur les risières et tout le confort non-habituel : piscine, eau chaude y compris (dingue et anachronique dans ces campagnes perdues). Nous marchons un bon kilomètre avant la prochaine Homestay où l'on nous regarde avec un air sincèrement étonné quand on révèle le prix qu'on souhaite mettre: impossible d'obtenir moins cher et personne ne semble nous courir après ce qui n'est pas vraiment bon signe à Bali... Nous revenons donc à notre point de départ acceptant la dernière offre. Voilà à peu de chose près comment ca se passe ici pour trouver de bons prix pour les logements ou les transports, ca demande beaucoup de temps, d'astuces, et malheureusement d'énergie, mais à la différence de ceux qui ne voyagent que deux semaines et qui peuvent se permettre des écarts, de notre côté nous devons conserver une rigueur financière sans quoi nous n'arriverons jamais à bout de nos 5 mois de périple.
Durant l'après-midi, nous partons explorer un peu le coin des campagnes. Dans les petites maisons du village, les gamins viennent nous trouver et s'amuser. Plus loin les paysages de verdure sont à couper le souffle et nous poursuivons notre route jusqu'au bout d'un petit chemin qui s'avère finalement être un Cul-de-sac. Voilà déjà le soleil qui se couche comme d'habitude aux environs de 17-18h selon les reliefs. Dans le village, les paysans des rizières reviennent la clope au bec, chapeau de paille sur la tête. Les visages ici semblent taillés avec la même faucille qui sert aux travailleurs des champs à couper les épis de riz. Une dureté qui comme par magie s'efface à notre rencontre au profit d'énormes sourires sincères, auxquels nous répondons d'un "Om Swastiastu ", le bonjour en langue balinaise qui délie bien plus les langues et les rencontres que le traditionnel "Selamat Pagi" du Bahasa Indonesia.
20h, nous cherchons à Diner, aucun des deux seuls "restaurants" du village n'est ouvert le soir. Nous tentons donc à la lampe torche de trouver quelque chose à grignoter sur la route de campagne sans lumière de Sidemen. Nous échouons dans une petite cabane de taule perdue au milieu de nulle-part, en quelque sorte le boui-boui multi-fonction commun en indonésie, dans lesquels on peut trouver de tout, gateau sec, shampooing, eau potable... Finalement la gentille dame qui tient le mini étalage nous tire deux paquets de nouilles instantanées de son placard avec un grand sourire, qu'elle nous propose d'aggrémenter de deux oeufs. Elle nous sort sa grande bouilloire d'eau chaude, et part dans sa "cuisine" préparer le tout, et ajoute même des épices maisons : voilà nos deux bols prêts à déguster ! Nous dinons donc sur le mini-banc d'à peine une fesse de large de la gargotte, en regardant un match d'ISS (titre de jeu vidéo footeux bien connu des puristes) qui se déroule sur la Playstation de la petite pièce de 3m² à côté. Deux ados du coin sont en effet venu s'amuser dans la "salle d'arcade", ce petit espace avec seulement un tapis au sol et uniquement séparée du comptoir par une vitrine de produits. Cela semble être le maigre repère des jeunes du coin, puisqu'il n'y a véritablement rien à des kilomètres à la ronde. Là on discute avec le peu d'anglais de Putra et son copain Tri, deux jeunes indonésiens de 15 ans, qui viennent là pour se faire des grosses parties de foot sur console. Même au milieu de la campagne balinaise, les jeunes sont tous les mêmes, et ne rêvent que de foot et de playstation nous citant les classiques "Thierry Henry" et "Zidane" lorsqu'on leur avoue notre françitude... On rigole bien tous ensemble, nous deux assis à leur côté sur les tapis face aux télévisions, et eux qui jouent même uniquement pour nous un match France-Portugal.
Le foot reste quand même partout dans le monde un formidable lien entre les nations et les cultures de tout horizon. Le match est haletant et aboutit à une égalisation in-extremis dans les arrêts de jeux 3-3. La première prolongation commence, tout le monde est sous tension (Ouais c'est quand même la France quoi !), Putra qui mène l'équipe a bien de la pression sur les épaules, avec nous qui chantons "allez les bleus" avec les supporters de la console, quand d'un coup... Coupure d'électricité ! Et oui, la petite boutique ferme tous les soirs de la même manière, la petite dame débranchant subitement toute son installation. Nous voilà donc bien triste de ne pas pouvoir voir la fin du match, mais on se console du nul obtenu par Putra. Les deux gosses montent tous les deux sur le même scooter, et on se dit aurevoir en se serrant la main, bien content d'avoir passé un moment avec eux... Comme quoi, que ce soit à Paris ou à Sidemen, dans le lieu le plus pommé qui soit, la jeunesse trouve toujours quelque chose à faire le soir pour passer un bon moment...
2010-04-24 23:33:15