Vers le petit village côtier de Amed
Il est temps pour nous de quitter Sanur pour longer la côte au Nord jusqu'au lointain village d'Amed, lointain relativement à la taille réduite de l'île, et de ses petites routes alambiquées. Nous incombe donc l'habituelle et lourde tâche de trouver un moyen de transport jusqu'à notre prochaine destination (accorder toujours pas mal de temps à cette activité de recherche et de marchandage de prix). Si les Bemo, les mini-bus "transports publics" (entre guillemet car rien n'est véritablement "public" ici) existent, ils ne sont cependant pas toujours très utiles puisque ne desservant que des destinations de courtes distances. Ainsi pour nous qui souhaitons nous rendre de l'autre côté de l'île, cela nécessiterait de changer successivement 4 à 5 fois de Bemo, qui n'officient en général que le matin et dont les horaires sont plus qu'incertains voir même carrément aléatoires. Nous décidons donc ici de choisir l'option la plus onéreuse mais la plus pratique : le taxi particulier. Petit tour dans la rue où ces conducteurs-mangeurs de clients nous interpellent chaque jour plus d'une centaine de fois : longues discussions et marchandages menés à coup de "Mahal" ("cher" en Bahasa Indonesia), "Small Budget", "Student", et élaborant de fines techniques personnelles où nous faisons mine de nous en aller et où comme par hasard le gars en question nous court ensuite derrière. Finalement, c'est Wayan, un chauffeur-guide en pleine étude du français qui nous accorde le prix que nous demandions, à priori bien en dessous de ce qui se fait normalement avec le touriste classique. Le balinais d'une quarantaine d'année semble honnête et même plutôt sympa, et nous avoue qu'il concède ce prix bon marché afin de pouvoir pratiquer son français avec nous et faire ainsi "d'une pierre, deux coups".
Nous voilà donc parti pour un trajet d'une demi-journée avec Wayan, père admirable d'un petit "Gede" (prononcer Ga-dé) que nous harcelons de question afin d'en apprendre plus sur les traditions balinaises. Concernant les prénoms, Wayan nous apprend par exemple que selon leur ordre de naissance, l'ainé, le cadet ou le troisième enfant des famille balinaise porte toujours un même type de prénom, possédant une signification et un karma spécifique. Ainsi, "Wayan", "Putuk" ou encore "Gede" sont des prénoms qui ne sont donnés qu'aux aînés des familles.
Durant la petite enfance et ce jusqu'à trois mois, la tradition veut que l'enfant n'aie pas le droit de toucher le sol ou même de se trouver au sol, il doit donc être en permanence porté par sa mère ou un membre de la famille. A l'issu de ces trois mois et après une cérémonie traditionnelle, il peut enfin découvrir les joies du plancher des vaches et commencer ainsi son processus de développement moteur classique, ramper, s'asseoir, se mettre debout... Ce joli rituel millénaire a on imagine bien évidemment les qualités de permettre à l'enfant de rester dans ses premiers jours, loin des mauvaises conditions d'hygiènes du sol et maladies inhérentes qui sévissaient certainement il y a bien longtemps. Comme en Afrique, il est surtout l'occasion pour l'enfant de croître sereinement dans la continuité de sa période foetal, au contact de sa mère ou du corps d'un individu proche, ce qui donne en général des gamins plus équilibrés et autonomes une fois adultes, à la différence de nos "Tanguy" occidentaux modernes, restant parfois accrochés aux jupons de leur mamans adorées jusqu'à trente ans.
Sur la route de Amed, nous marquons un arrêt au temple de Goa Lawah, la "grotte des chauves-souris" et l'un des neuf temples fondateurs de la spiritualité balinaise (un temple pour chaque point cardinal et compris les point médians, plus un au centre, situé dans la région de Ubud). Le sanctuaire de Goa Lawah est également l'une des deux étapes necessaires dans la procession post-mortem effectuée par les familles d'un défunt suite à sa crémation. En effet, les proches se doivent à la suite de la crémation, de signifier la disparition de la personne auprès de la mer, au temple de Goa Lawah donc, mais également auprès de la montagne, au temple "mère" de Pura Beskih, situé au pied du Mt Batur. A Goa Lawah, nous observons les milliers de chauves-souris qui s'ébattent, suspendues à la verticale de la caverne sacrée. Là, une cérémonie commence à prendre place et nous nous esquivons afin de ne pas troubler les prières qui commençent. Nous reprenons enfin la route jusqu'à Padang Bai où nous déjeunons avec Wayan dans une petite échoppe gérée par Matini, une forte et sympathique balinaise qui nous prépare deux délicieux mais néanmoins extra-pimentés Nasi-Goreng. Delphine manque de s'évanouir et tient bon jusqu'à laisser une partie de son assiette, tandis qu'Henri s'hyper-ventile pour finir finalement les deux assiettes. Amusée, Matini, nous offre gracieusement une grande assiette de pastèque sucrée et juteuse, qui tombe à point nommé. Durant le déjeuner, notre chauffeur Wayan, nous montre ses cahiers d'exercices et sa méthode d'apprentissage du Français... Nous nous proposons de corriger ses devoirs titrés "Kévin et Nathalie au restaurant", "Week-end rouge sur l'autoroute". Ca nous rappelle nos bons vieux "Apple Pie", les méthodes d'apprentissage d'anglais que l'on a tous eu au collège. Les clichés français bien franchouillards sont bien exploités, et il y a même un plan du métro de paris à la fin de la méthode. Nous discutons ensuite tout un moment autour des régions de la France, Wayan nous dit qu'il connait les Pyrénées et le village de MontCailloux, depuis un dialogue fictif de la méthode. Bien marrant...
Nous arrivons finalement à Amed au coucher du soleil, le petit village situé juste au bord de la mer semble bien isolé et reposant. Une petite chambre de l'un des homestay du coin nous convient pour la nuit. Juste le temps de déposer les sacs, puis de payer, saluer et remercier Wayan pour l'après-midi "transport", que nous voilà à barboter dans les eaux incroyablement claires de Amed, à côté des bahamatas posées sur les galets noires de la plage. Masque de snorkelling vissé sur le nez, nous admirons la diversité poissonneuse et coralière du coin, et nous nous essayons même à quelques photos sous-marines non-concluantes, comparé à notre précédente session sur la barrière de corail. Sur la plage Delphine est agguichée et encerclée par tout un tas de femmes et d'enfants issus des familles pauvres des pêcheurs du village, qui viennent vendre plein d'espoir leurs services de manucure ou autres objets inutiles... Statique à nos côtés, cette petite foule reste là telle une cour inanimée autour de nous, assise parfois sur nos serviettes, et finalement nous ne nous sentons plus si isolés que ça...
2010-04-23 23:28:07