Overland Track - Jour 3 : Lake Windermere to Mount Pelion
Au matin le ciel qui nous contemple depuis la fenètre de la hutte est nettement moins clair que la veille. Après une nuit relativement chaude, nous quittons nos sacs de couchage pour constater que le refuge est emmitoufflé dans un épais brouillard. Nous nous enfilons un petit déjeuner énergique, et nous partons observer les wallabies près du water tank, dans l'humidité et l'air bruineux, tel une fumée de pluie qui plonge le plateau dans la grisaille la plus totale. Départ pour une longue marche de 17km, et pas mal de dénivellé, la troisième journée est une des étapes clés du trek... La première partie que nous effectuons dans la matinée est vraiment incroyable en terme de visions et d'ambiance. Nous sillonons dans les touffes d'herbes de buttongrass et la végétation unique de ce marais, plongé dans le brouillard ou plutôt au coeur d'un nuage au milieu de la montagne. Nous atteignons une petite terrasse d'où nous observons Forth Gorge, vue imprenable sur la falaise et la vallée. Après le passage de 3 ou 4 petites montagnes aux dénivellés moyens, nous franchissons ensuite des forêts vertes incroyables, mousses émeraudes, arbres centenaires et passons cours d'eau et rochers mousseux immobiles. Nous atteignons enfin Pelion Hut dans l'après-midi, gigantesque refuge avec vue panoramique sur le mont Oakleigh. Delphine se tord malheureusement la cheville à 700 mètres de l'arrivée, mais parvient à terminer l'étape à l'aide d'un bâton, alors que Henri ramène les deux sacs. Un ranger nous voit arrivé et se précipite avec un saut d'eau froide en vrai gentleman. Afin de ne pas gaspiller l'eau des réservoirs, Henri ramène de l'eau plus fraîche d'une source située à quelques centaines de mètres de la hutte. La famille de randonneurs du Victoria, les Williamson, se soucie de la jambe de Delphine et nous donne quelques anti-douleurs et vont même parvenir à trouver une infirmière parmi les gens présents dans le refuge. Alley, une infirmière en trek avec un groupe de jeune maman de Melbourne, vient au secours de Delphine, lui préconisant de bien se reposer la jambe en l'air jusqu'au lendemain matin pour qu'elle lui fasse par la suite un bandage digne de ce nom. Pendant que Delphine se repose, Henri part en vadrouille jusqu'au mont Oakleigh.
Je traverse de longues plaines de buttongrass, mottes d'herbes humides qui rendent le trajet difficilement praticable. Paradis des chevilles foulées et des chaussures boueuse. Au pied de la montagne, le paysage se transforme brutalement en une forêt fraîche et mousseuse, des champignons orangés sont terrassés sur les troncs verts. Je poursuis tant bien que mal sur un tracé presque indécelable dans le dédale des arbres, uniquement balisé tout les 30m par de vieilles boites de conserves rouillées, peintes de rouges et blanc et qui s'avèrent très difficile à identifier tant les détails fourmillent. Quelques kilomètres plus loin, je me fraye un chemin approximatif à travers les Pandani, sorte de fougères tropicales, perchées sur tronc à quelques mètres du sol. Je m'arrète enfin au 2/3 du trajet vers le somme, le temps me manque et le soleil se couche. Je profite de la vue d'altitude sur les montagnes et lacs alentour, depuis une fenêtre ouverte à travers les arbres, perché sur le flan du mont Oakleigh. Au retour, c'est cette fois Sam le canadien qui me rattrape en survolant littéralement les reliefs à un rythme hallucinant, lui qui revient du sommet... Nous redescendons ensemble en chevauchant les troncs et racines qui jonchent le sol de la forêt. Sam, canadien robuste et poilu, chemise ouverte par tout temps, a 19 ans mais en parait 27. Il est originaire du Canada Anglophone où il vit dans un petit village de forêt isolé dans l'Est du pays. Sam n'est pas vraiment un randonneur amateur, puisque après avoir terminé le lycée, il a ensuite passé six mois à trekker avec son père dans l'Est des états-unis, et a décidé de partir silloner le monde, ce qu'il fait depuis plus d'1 an maintenant. Sam a traversé et beaucoup trekké au Japon, Corée et en Chine où il s'est même ouvert la tête dans une des provinces les plus reculées. Il est redescendu ensuite via l'asie du Sud-Est durant 6 mois avant de travailler en Cherry Picking ces derniers mois en Tasmanie où il a rencontré les deux japonaises Naho et Leona avec qui il est parti sur l'Overland Track. Partage d'expérience de voyage jusqu'à Pelion Hut où je retrouve Delphine toujours la jambe en l'air et le nez dans un bouquin.
Le soleil se couche, la vue sur la plaine de buttongrass est fantastique, surplombé par Mount Oakleigh à l'Est et Mount Pelion à l'Est. Illluminés par le soleil, les wallabies sortent et paradent à grands bonds devant la hutte. Nous croisons une eastern Quoll, sorte de petite fouine-écureuil au corps tacheté de point blanc. Mignonne petite peluche hyperactive, pas vraiment farouche et qui vient récupérer les déchets de nourriture au réservoir d'eau, après la vaisselle des trekkeurs. Repos bien mérité pour tous les deux, nous nous endormons en espérant pouvoir reprendre la route de la prochaine hutte le lendemain.
2010-02-27 15:39:52