Overland Track - Jour 2 : Waterfall Valley to Lake Windermere
Levés à l'aube sur les coups de 6h30 du matin, nous assistons au lever du soleil sur le barn bluff, qui pointe toujours en face de nous comme une canine montagneuse unique sur la machoire de la montagne. Il fait très froid, et la piste est gelée par endroit, nous enfilons donc nos bonnets de laine avant d'étreiner notre super réchaud et faire bouillir un peu d'eau pour le petit déjeuner. L'eau des réservoirs comme celle que l'on trouve partout sur le trek n'est pas traitée, et nécessite donc soit d'être bouillie pendant quelque minutes ou bien traitée à l'aide de pastilles... Après un chocolat chaud revigorant, un bon bol de muesli, des abricots secs et beaucoup d'eau pour nous réhydrater de la chaleur de la veille, nous discutons tout un moment avec Garry, bénévole volontaire sur l'overland track en tant que résident sur le refuge. Garry connait la région comme sa poche, et tout comme le font les rangers qui sont eux plus mobiles, veille au bon entretien du matériel, et conseille / informe les marcheurs sur le trek. Originaire de Nouvelle-zélande, Garry est fermier de profession en Australie depuis plus de vingt ans. La soixantaine bien passée, le visage et les traits sculptée par le vent et la vie au grand air, une arcadre sourcilière écorchée, lui donnent l'air d'un indiana jones à la retraite, tout juste sorti d'un buisson épineux. Affiliés dans les huttes tasmaniennes pour des période allant de 2 à 4 semaines, et assistés par les hélicoptères qui les approvisionnent en vivre et matériel, les "Volunteers" se relaient sur les refuges clés afin d'assurer une présence sécuritaires pour les trekkeurs. Nous nous mettons à parler de Paris lorsqu'il m'avoue que sa femme l'a toujours tanné pour y aller, mais lui répond toujours: "oh, toutes les grandes villes se ressemblent, c'est la même chose, trop stressant, trop de gens, je préfère être ici au milieu de la nature, ca fait des années que je fais ça, il y a tellement de merveilles dans ces paysages...". Que répondre à ça, au regard du cadre dans lequel nous nous retrouvons, nous sommes évidemment de son avis. Quand nous parlons de l'avenir, il nous dit qu'il souhaiterait simplement rester le plus longtemps possible près du bush et de la nature dans sa ferme au Victoria.
Sur les conseils de Garry, nous nous engageons au petit matin sur le trajet d'un sidetrip de 4h, avec au programme l'escalade du Barn Bluff qui culmine à 1559m. Au bout de quelques centaines de mètres, Delphine rentre finalement à la hutte, et préfère s'économiser pour l'étape de cette après-midi. Henri poursuit donc seul, équipé d'un bouteille d'eau, quelques graines et son appareil photo. L'escalade du pic rocheux s'avère très difficile, et s'effectue via un couloir d'éboulement très pentu dans lequel d'énormes rochers sont chaotiquement empilés. Véritable escalade avec les mains, demandant parfois de poser son paquetage sur la terrasse en hauteur avant de s'y hisser. Même en s'assurant bien de la fiabilité des prises, quelques rochers instables occasionnent autant de frayeur de se casser une jambe, isolé dans une des crevasses aiguisées entre les rocs du Barn Bluff. Sensation de vulnérabilité totale sur des terrasses aiguisées par le vent et assez vertigineuses. Plus d'une fois je pense rebrousser chemin, mais arrive finalement au sommet après quelques errances difficiles, désorientés dans les éboulis. Contrairement à l'overland Track, le chemin d'escalade est presque invisible et demande d'apprendre à lire les rochers afin d'identifier le chemin le plus praticable jusqu'au sommet. La vue est splendide et grandiose, depuis la pelote de pics acérées du sommet, je contemple, la vallée en contrebas et les vestiges géologiques d'un ancien glacier. Frisson de vertige "et si je chutais". Plus d'une fois j'ai la sensation de dépasser la limite, je ne m'éternise donc pas au sommet afin de ne pas perdre de vue la veine par laquelle je suis monté. Après une petite pause graine, j'amorçe donc le voyage du retour qui s'avère techniquement aussi difficile et je regagne enfin la terre ferme et brousailleuse de la crète de la montagne. Sur le chemin du retour je trouve Sam, un canadien sympa qui trekke avec deux amis japonaises, nous discutons tout au long du chemin du retour jusqu'à la Waterfall Valley Hut où je retrouve Delphine, qui lit tranquillement sous la charpente ensoleillée du refuge en bois.
Rapide déjeuner, avant de reprendre le cours de l'overland Track et attaquer la deuxième étape qui se trouve finalement être une marche assez facile. Nous avançons bien durant la première heure, puis ralentissons près de la région des lacs, la descente étant parsemée de gros cailloux. Nous nous arrêtons un moment pour admirer la vue, une dizaine de lacs se profilent sous nos yeux, et nous observons en contrebas le Lac Windermere, près duquel se situe notre campement pour la soirée. A environ 1 km de la hutte, des trekkeurs se baignent dans les eaux bleues du lac, nous accélérons donc le pas pour pouvoir nous débarasser rapidement de nos sacs et retournons nous aussi profiter du soleil en allant faire quelques brasses dans les eaux glaciales du lac Windermere. Luxe de pouvoir délasser les pieds et nous rincer intégralement ! Il est vraiment agréable de sécher au soleil après la journée de la veille et nous apercevons sur le chemin du retour, un gros wombat tout près de son terrier. Pendant la soirée, Henri retourne photographier un couple de wombat, qui semble en pleine période de reproduction. Scène de courtisage, et course poursuite dans les button grass, un mâle semble s'être entiché d'une femelle qui le fuit... en vain ! Romantisme version Wombat, il est surtout vraiment surprenant et amusant d'observer ce vaudeville en pleine nature, caché dans un buisson. Le soleil se couche, il est temps pour nous d'en faire de même. Nous nous endormons avec l'éclat blanc de la lune, si étincelante que nous pouvons jouer aux ombres chinoises dans l'obscurité de la hutte depuis notre couche superposée en bois. Le nez sous une fenêtre ouverte sur le ciel...
2010-02-26 15:38:31