Wynyard, Table Cape et Stanley
Nous nous levons au petit matin, le temps est devenu maussade et une pluie fine succède au froid de la nuit. Après une courte douche nous nous empressons de démonter la tente afin de la sécher au plus vite à l'abri des gouttes. Le temps de discuter avec un vieil australien travaillant au camping qui nous parle un peu de la Tasmanie et de son histoire personnelle. Il nous parle des racines de l'anti-américanisme ambiant insufflé aux plus anciens et aux australiens de sa génération. Stigmate de la Seconde Guerre Mondiale et conséquence du comportement envahisseur et opportuniste des soldats américain qui tardèrent à leur prêter main forte dans les eaux du pacifique dans lesquelles son père est mort au combat. Américains qui déserteront par la suite les lieux aussi secs, enterrant et abandonnant derrière eux tout leur matériel sans aucun respect des terres et de la nature. L'ancienne génération les appelle en argos les "Seppos" dérivés de "Septic tank", soit les "fosses sceptiques", ce qui en dit long sur ce de quoi ils sont remplis selon les Aussies. Nous plaisantons autour de termes d'argo Australien, "Hey my Bloke" (similaire à "mate" = "mon pote"), "Give someone a Flick" (en gros se débarasser de quelqu'un), "pot-luck" ("peu importe ce qui se présente, arrive" - "au petit bonheur la chance"). N'ayant pas vu le temps passé, nous quittons le personnage pour faire notre check-out en retard, et déposons enfin nos sacs à l'office du tourisme de Wynyard, afin de partir plus léger à la découverte de Table Cape. Situé à 7 km, nous tentons un brin d'auto-stop qui se révèle efficace dès la première voiture qui passe, les tasmaniens ont l'air vraiment accueillant. C'est donc, un éleveur d'agneaux au cheptel de 500 têtes, un des plus important de la région, qui nous ramasse sur le bas côté de la route. Tout juste le temps de discuter un peu que nous voilà déjà rendu au Look Out de Table Cape, d'où nous remercions notre sympathique chauffeur. Du haut de l'impressionnante verrue perchée sur la pointe de terre au milieu des eaux, nous admirons la côte sauvage et ses eaux turquoises transparentes, ce même malgré le ciel gris tourmenté qui menace au dessus de nos têtes. Table Cape est un lieu de culture privilégié du fait de ses terres riches en basalt, on y trouve notamment de vastes plantation de tulipes qui durant la floraison, recouvrant d'un manteau de couleurs chatoyantes le plateau sur-élevé. Redescendons également en stop, piqués juste avant la pluie battante, par un 4x4 lançé a toute berzingue et piloté par le fils d'un des fermiers de la plantation de tulipe qui s'exclame à coup de "Awwwesoome". A peine le temps de dire ouf que nous revoilà en centre-ville ou nous prenons place dans un pub / pmu le temps que la pluie cesse.
Pique-nique dans le parc qui longe la rivière de Wynyard où nous rencontrons James, originaire du Wales, rasta sympa d'une trentaine d'année qui lorsqu'il ne construit pas des maisons en Grande-Bretagne, sillonne le monde de long en large. Voyageur au long cours armé de son foulard national geographic et de presque rien, trekkeur accompli ayant contemplé une bonne partie du monde en vagabond épanoui. Il nous offre le café qu'il fait bouillir en 2 minutes avec son réchaud, et nous nous réchauffons les doigts autour d'une bonne tasse chaude, abrités de la pluie sous un kiosque du parc. Discutons tout un moment de son expérience du trek en tasmanie et des précautions d'usage pour l'overland track sur laquelle nous partons dans quelques jours.
Dans l'après-midi, nous prenons le bus pour Stanley, plus à l'Ouest sur la côte, la pluie toujours aussi forte laisse percer quelques chaudes éclaircies. Ciel dévasté, paysages valonnés aux teintes vert émeraude, terre ôcre ferrigineuse défilent dans le bus qui nous balançe, mené de main de maître par un vieux chauffeur barbu et tatoué. Nous arrivons enfin à Stanley balayé par le vent et la pluie et devant l'impossibilité de monter la tente, nous prenons une chambre double dans un backpackers / camping au pied de la mer de Tasmanie. Nous nous balladons le long de la rive jusqu'au port où un double arc-en-ciel, véritable pont de lumière surgissant de l'eau, ondule dans une courbe parfaite jusqu'au sommet de The Nut, curiosité géologique semblable à Table Cape. Le soleil perce, lumière de création du monde, genèse de la soirée qui vient avec le vent devenu de plus en plus véloce. Nous rentrons enfin au camping et jouons aux cartes autour d'un thé avant de cuisiner un frugal repas de spaghetti, tout en observant deux femmes rencontrées plus tôt à Wynyard et qui passent en revue la faune locale. Douche réconfortante tout comme les draps blancs de notre minuscule chambre où nous nous glissons dans les couvertures en écoutant la tempête qui fait rage à l'extérieur. Sommeil de plomb.
2010-02-22 15:25:47